Ce matin, les suites de l’agression des deux policiers à Champigny…

Et devant le caractère tout à fait choquant des images, l’évidence pour la majorité, l’opposition mais aussi pour nombre de citoyens, c’est de réclamer des sanctions sévères, le retour de l’autorité de l’Etat et de ses représentants en uniforme. Comment ne pas souscrire ! Le problème c’est que cette réaction légitime en entraîne souvent une autre, plus problématique. Et ça n’a pas loupé : la demande de la poursuite de la forme de police mise en place entre 2007 et 2012. Une police d’intervention musclée, de patrouille robocopisée, censée mater des quartiers hors de contrôle. Devant des images comme celles de Champigny, toute velléité de retour à une police dite de proximité, «police de sécurité du quotidien» (pour reprendre le terme macronien), a les apparences de la faiblesse. L’ennui avec ce débat, à propos de la police, entre prétendus laxistes naïfs et répressifs bas de plafond, c’est qu’il s’agit d’une discussion de Diafoirus sur des remèdes qui ne font que masquer les causes. Il ne s’agit pas non plus de revenir au débat classique qui oppose les tenants de la prévention aux tenants de la répression. Ce débat est dépassé. Il faut les deux. La gauche des années 90, qui parlait de ‘sentiment d’insécurité’, là où une vraie insécurité grandissait, a fait son travail de réalisme. Les élus locaux de gauche -qui la vivent tous les jours- ne minimisent plus l’insécurité. Mais à écouter les réactions uniquement sécuritaires, vengeresses de la droite, on s’aperçoit que elle n’a pas fait le travail inverse.

C’est-à-dire

La prise en compte –en plus de la responsabilité individuelle de chacun- du contexte comme facteur initial de l’insécurité et des phénomènes de violence extrême de bandes sur leurs territoires. C’est une question, justement, d’assignation territoriale, de ghettoïsation, d’inégalité (non pas sociale) mais spatiale. La non mixité, l’entre soi social, entraînent des phénomènes de grégarisation territoriale, de chauvinisme agressif de quartier. La violence extrême de ces hordes de lyncheurs décérébrés est mue par un sentiment de toute-puissance sur leur bout de bitume inviolable. C’est le pendant logique de la violence, symbolique et discriminatoire, des quartiers riches des grandes villes qui refusent les logements sociaux, le mélange, la coprésence. Il s’agit, de la part d’élus (et de certains habitants) de bien des quartiers cossus, d’une sorte d’égoïsme territorial, mélange de nouveau réflexe de classe quand ce n’est pas de racisme. En niant ces phénomènes de fracturation urbaine volontaire et en réclamant, à chaque nouvel accès de violence, des peines planchers, c’est-à-dire du systématisme, plus de caméras, de la reconnaissance faciale, du matériel quasi guerrier pour la police, on ne fait qu’alimenter le scénario et le décor de cette guerre des territoires. Et la violence augmente de part et d’autre parce que de son côté aussi la police, sous pression, se montre toujours plus brutale. La gauche n’a plus de discours simpliste et angélique sur la violence, il serait temps que la droite complexifie à son tour son propos de brutasse. Mais comme la droite ne peut plus s’opposer à Emmanuel Macron sur les questions économiques, on peut parier qu’elle surinvestisse encore plus le terrain sécuritaire, toujours politiciennement rentable à court terme.

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