Ce matin, Delphine Batho et Nicolas Sarkozy… ou l’art de la victimisation.

Oui, le premier voit ses comptes de campagne invalidés et tout de suite ses amis en font la victime d’un acharnement. Henri Guaino, le généralissime de l’armée des inconditionnels a été le plus prompt à considérer que le Conseil constitutionnel avait pris une décision ad hominem . Les neuf sages n’ont pourtant fait que suivre les avis de la Commission nationale des comptes de campagne. Le discours dominant chez les sarkozystes est donc celui de l’acharnement, des fillonnistes, des socialistes, des journalistes contre un rebelle. Comme si les fillonnistes, les socialistes et les journalistes pouvaient maîtriser le calendrier et la nature des décisions du Conseil constitutionnel ! Ce discours victimaire a un effet désastreux à la longue puisqu’il suggère que tout est pourri… même le Conseil constitutionnel, l’instance qui devrait pourtant inspirer le plus de confiance. La mode de la victimisation a donc un prix… et à chaque fois que une personnalité (Tapie, Cahuzac avant d’avouer) abuse de la victimisation, il rogne le peu de confiance que les Français ont encore en leurs représentants politiques, en la justice. La presse est toujours présentée comme auxiliaire des bourreaux. Et pourtant c’est la prime à l’émotionnel et au pathos qu’entretient souvent largement la presse qui constitue le terrain idéal pour la victimisation et la déresponsabilisation. En politique comme dans d’autres domaines de l’actualité d’ailleurs.

Delphine Batho est l’autre grande victime autoproclamée de la journée d’hier…

Oui, en procédant à un dézingage en règle de sa majorité sur l’air plaintif du « premier qui dit la vérité doit être exécuté » de Guy Béart, l’ancienne ministre s’est présentée sur sa croix, couronnée d’épines sur la tête. La politique de rigueur est mauvaise, la méthode de gouvernement est exécrable et surtout, moi, Delphine de Nazareth je suis victime d’un complot d’industriels pollueurs. Les deux premières critiques peuvent s’entendre. La dernière ne peut pas être formulée sous forme d’allégation. On attend donc les précisions. Le réflexe de victimisation est une stratégie de défense éprouvée mais il est maintenant systématiquement utilisé en politique pour retourner les situations. Il peut, s’il est bien interprété, provoquer une forme de sympathie … mais il finit par suggérer que personne n’est jamais responsable de son destin. Le champion de la victimisation, l’étalon en la matière, c’est Jean-Marie Le Pen. Il lui suffisait de proférer des horreurs révisionnistes ou racistes et bien évidement, tout le monde les dénonçait. Et quand on a tout le monde contre soi… on est LA victime par excellence… Mais Jean-Marie le Pen avait bien compris que « victime » pouvait rimer avec « faiblesse » alors il préférerait se dire « diabolisé » plutôt que « victime ». La diabolisation a servi l’ancien président du FN avant d’être un frein à sa progression. D’où l’opération de dédiabolisation menée par Marine Le Pen. Nicolas Sarkozy et Delphine Batho devraient bien étudier le phénomène de victimisation avant d’en abuser… parce qu’une victime, c’est vrai, on est prêt à la plaindre mais ce n’est pas elle qu’on a spontanément envie de suivre pour affronter les dangers !

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