Le gouvernement s'est mis au travail mais on ne connait encore ni tous les noms ni toutes les nouvelles fonctions de chacun de ses membres. Un ministre a pourtant d'ores et déjà été repéré par les Français, et il s'agit d'une femme. Elle fait une entrée fracassante dans le top ten des personnalités les plus populaires. Le mois dernier, son nom n'était même pas testé. En mai-juin, elle déboule dans le baromètre IFOP des personnalités politiques préférées des Français, directement à la 10ème place, avec un éclatant 62% de bonnes opinions. Cette popularité immédiate, cet assentiment presque instinctif de l'opinion publique à son endroit, voilà une nouvelle ligne à ajouter au CV si méritoire de Rachida Dati. Rachida Dati 41 ans, nommée garde des sceaux par Nicolas Sarkozy, est cet exemple parfait de la méritocratie républicaine, de la récompense de l'effort individuel et de l'adage devenu devise présidentielle, "quand on veut, on peut". Père marocain, mère algérienne, élevée dans une HLM de Chalon-sur-Saône, avec 11 frères et soeurs, aide soignante puis magistrate, et aujourd'hui donc ministre de la justice. Rachida Dati est la première femme d'origine magrébine à occuper un ministère régalien. Femme, magrébine ; 2 bonnes raisons d'être choisie persiflent certains dans son camp, et dans l'autre d'ailleurs, mais après tout Nicolas Sarkozy n'a jamais caché qu'il était favorable à la discrimination positive. A qualités égales avec d'autres pressentis, il a évidemment préféré le symbole. L'homme du "kärcher et de la racaille" sait combien cette nomination est une main tendue à la jeunesse désabusée de certains quartiers. "Avec Rachida Dati, disait-il, la semaine dernière au Havre, aucun enfant de nos banlieues ne peut douter qu'il n'y a en France qu'une seule justice, égale pour tous". Rachida Dati, symbole de la république réconciliée, intégratrice et égale pour tous. A 62% donc, les français applaudissent des deux mains. Mais au fait, que va-t-elle faire Rachida Dati ? Mettre en musique et surtout en lois "l'ordre juste" du président Sarkozy, et ses ordres. Dès la session extraordinaire de cet été, elle va défendre devant le parlement deux promesses de campagne du candidat. L'une vise à instaurer des peines planchers pour les multirécidivistes, l'autre à supprimer l'excuse de minorité pour les jeunes délinquants. Des textes répressifs, accueillis avec beaucoup de réserve par le milieu judiciaire. Le monde des magistrats garde en mémoire les rodomontades d'un ex ministre de l'Intérieur qui n'a cessé pendant 5 ans de vouloir empiéter sur les plate bandes de ses collègues de la justice, qui a souvent accusé les juges de "laxisme", et qui a régulièrement agité le chiffon rouge de la répression pour complaire à son électorat. Aujourd'hui, demain donc, Rachida Dati va devoir faire du Sarkozy-bis. Encouragée ou plutôt poussée par une assemblée sans doute très UMP, pas bleu horizon non, carrément bleu foncé, la ministre femme, magrébine va devenir la garde des sceaux, tout court, celle d'une Politique. Politique pénale et judiciaire assumée mais contestable. Le symbole va s'effacer. Et sans doute la popularité de Rachida Dati s'en ressentir. C'est la rançon de la normalisation - ça tombe bien, Rachida Dati ne semblait pas avoir la vocation pour jouer ce qu'on appelle très vulgairement, "l'arabe de service".

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.