Nicolas Sarkozy a proposé aux représentants des grands partis politiques français de l'accompagner samedi à Beyrouth pour l'investiture du président libanais, opposition et majorité confondues. Il a néanmoins échappé de peu à l'incident diplomatique. "Oups ! On a failli oublier François Fillon"! Ce pourrait être le titre d'un film récurrent type "Chéri j'ai rétréci les gosses" et "Chéri j'ai Encore rétréci les gosses", tant cela devient une habitude pour Nicolas Sarkozy d'omettre la présence de son premier ministre. Imaginez un peu la scène à la cérémonie d'investiture du président Sleimane. Ils seront tous là, et c'est totalement inhabituel : le chef de l'opposition François Hollande, le chef de l'opposition bis François Bayrou, l'homme à abattre pourtant pour l'Elysée - politiquement parlant bien sûr - le rallié politique de la dernière heure, Hervé Morin, pour le Nouveau Centre, il est par ailleurs ministre de la Défense, le numéro 1 du parti communiste, Marie-George Buffet, le duo de l'UMP Patrick Devedjian et Jean-Pierre Raffarin. Même Jean-François Copé, président du groupe UMP qui entretient certes des relations "subtiles" comme il dit avec Nicolas Sarkozy mais surtout très tendues, sera du voyage. Et qui aurait pu être absent de cette photo unitaire ? Le premier ministre, rien de moins ! Celui qui par tradition, est le chef de la majorité, celui qui lundi encore, se présentait comme le chef d'orchestre de l'exécutif quand Nicolas Sarkozy serait celui qui écrit la partition. Bon, on l'a dit, ce n'est pas la première fois que François Fillon aurait été zappé de la liste des invités présidentiels. S'il a encore le droit d'assister au petit déjeuner hebdomadaire de la majorité, ça ne se passe plus chez lui à Matignon, mais à l'Elysée. Et il a appris l'existence du G7 présidentiel, les fameux 7 ministres régulièrement conviés au château, par l'indiscrétion de l'un d'eux. Un chef d'orchestre qui voit ses musiciens déserter la fosse pour aller proposer leurs services au compositeur, on n'a jamais vu ça. Son abnégation contrite vis-à-vis de Nicolas Sarkozy semble pourtant n'avoir pas de limite. Elle exaspère certains élus UMP, "s'il avait un peu de personnalité, il prendrait son autonomie" tonne l'un d'eux. "Non, Fillon est un ruminant, un ruminant orgueilleux mais qui encaisse tout" relativise un autre, "de toute façon, les premiers ministres dans la Vème sont là pour être serviles, philosophe un troisième, seul Jacques Chirac a su se révolter contre Giscard". Pourtant, sans avoir l'air d'y toucher, François Fillon se fraie à petits pas, un chemin à lui. De la guerre déclarée entre les collaborateurs du président et lui, les Guéant et Guaino omniprésents dans les medias en début de quinquennat, c'est lui qui semble avoir emporté la bataille. Et puis, quand il a fini de remplir les obligations que lui impose Nicolas Sarkozy, comme cette interminable tournée européenne qui lui a dévoré l'agenda ces dernières semaines, il reprend son job en main. Déplacements sur le terrain pour vendre ses réformes, demain Nancy, la province, pour la première fois depuis plus d'un mois. Bon, avec quelques ratés, mardi matin dans un lycéen parisien, ça s'est mal passé, ce qui lui aurait valu quelques noms d'oiseaux de la part de Nicolas Sarkozy. François Fillon a aussi accepté sa première grande émission de télé depuis qu'il est à Matignon, ce sera jeudi prochain. Enfin, au détour de conversations informelles, il ne se prive pas de donner quelques coups de griffe. La communication cacophonique autour des 35 heures entre le président, l'UMP et le gouvernement ? Bordélique reconnait François Fillon. Petites victoires discrètes du "ruminant" qui a beaucoup encaissé, mais qui ne saurait accepter tous les camouflets. Son absence de la photo libanaise en eut incontestablement été un. In extremis, François Fillon a donc été convié à faire partie du voyage.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.