A la veille du scrutin, les esprits s’échauffent, particulièrement entre François Bayrou et Daniel Cohn-Bendit, hier sur le plateau de France 2. Ces deux hommes qui partageaient les mêmes estrades pour vanter le « oui » au référendum et qui partagent aussi une vision, finalement pas très éloignée de l’Europe, du moins des institutions qu’elle devrait adopter, ces deux hommes ne se supportent plus et se sont livrés hier à un crêpage de chignons en règle avec, du côté de François Bayrou, une tentative assez étrange d’attaques qui semblaient désespérées. La tension est forte parce qu’ils veulent séduire les mêmes électeurs en plus de leurs électeurs classiques. Ils sont l’un et l’autre à l’affut du socialiste en déshérence, de l’électeur PS qui ne veut pas voter PS. Les enquêtes d’opinions -et notamment celle de la Sofres d’hier- montrent que l’électorat de gauche est celui qui estime le plus que cette élection n’impactera pas sa vie quotidienne. C’est donc -pour cette partie de l’opinion- une occasion, soit de s’abstenir, soit d’adresser un message au PS en votant pour l’extrême gauche, le front de gauche, Modem ou pour Europe écologie. Ce n’est sans doute qu’une toute petite partie de l’électorat qui fait cette analyse et qui procède à cette réflexion stratégique mais à deux jours du scrutin, c’est cet électorat là qu’il faut convaincre. Hier matin sur France Inter, puis hier soir lors du Débat sur France 2, on a bien senti que François Bayrou poussait à plein régime sa stratégie qui consiste à se présenter comme le plus anti-sarkozyste. Le plus virulent. Comme si, venant du centre droit, il ressentait le besoin d’en faire des tonnes, à la façon de ces anciens élèves des jésuites qui deviennent les pires pourfendeurs de la calotte. Autant son livre est charpenté, argumenté et va chercher dans les principes de la République pour dénoncer les abus, la concentration des pouvoirs et les atteintes à la séparation des pouvoirs et autres fautes de goût politique de Nicolas Sarkozy, autant la façon de se moquer de la coiffure de François Fillon mercredi en meeting à La Mutualité ou les accusations contre Daniel Cohn-Bendit de fréquenter le diable semblent, soit être la marque d’une perte de contrôle devant un score qui s’annonce décevant, soit une stratégie assumée au comble du cynisme. Cette indignation peut-elle être sincère ? Ce n’est que la troisième hypothèse ! Mais le résultat est le même, cette indignation incontrôlée, feinte ou sincère, est de toute façon ratée. Elle donne une impression de pugilat politicien et est certainement contreproductive par rapport aux objectifs de François Bayrou. Le spectacle offert hier soir –plus généralement dans cette émission un peu foutoir- fournit une série d’images et d’impressions qu’il faudra comparer à la solennité et l’image on ne peut plus présidentielle et valorisante de Nicolas Sarkozy aux cérémonies de commémoration du débarquement aux côtés de Barack Obama demain. Est-ce une erreur stratégique de François Bayrou ? On verra quel est l’effet et surtout s’il y en a un. Ce n’est même pas sûr que l’on puisse le quantifier d’ailleurs, mais c’est vrai que depuis quelques jours, François Bayrou s’en prend un peu à tout le monde (sondage ou journaliste) et surtout développe une théorie du complot permanent qui atteint sa limite. Il lui faut cette troisième place pour garder l’espoir d’apparaître comme le recours de la gauche. Si ce sont les verts qui lui volent la vedette, ça fait naître une possibilité d’alternative à gauche. On sera enclin à remarquer que PS et Verts, alliés naturels, font plus que l’UMP. La naissance d’une perspective à gauche, voilà la vraie hantise de François Bayrou !

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