La photo officielle du Président Hollande est -surprise !- normale.

Normale, pas vraiment pour une photo officielle de président mais pour une photo tout court. Quel président veut-il représenter par ce cliché ? Celui sous lequel on va se marier, porter plainte, déclarer un vol ou demander la nationalité française ? Celui qui va trôner, flambant neuf puis poussiéreux pendant les cinq prochaines années aux côtés des affiches de prévention contre l’alcoolisme au volant dans les commissariats, près de la Marianne en plâtre dans les mairies ? La réponse nous a été soufflée pendant toute la campagne : François Hollande a donc fait une photo « normale ». Ni trop posée, ni trop figée, ni trop solennelle, ni trop près, ni trop loin. D’ailleurs, Raymond Depardon est le photographe des gens normaux et des paysages de la France d’aujourd’hui. François Hollande a choisi comme cadre le jardin de l’Elysée, avec le palais, au loin derrière. C’est à peu près le même décor, avec plus d’espace et de mouvement que celui qu’avait choisi Jacques Chirac. Une version « Relais et Châteaux » du portrait présidentiel. Si Jacques Chirac, droit, altier semblait être le propriétaire de la bâtisse qui se dresse derrière lui, François Hollande a plutôt l’air d’y avoir réservé une chambre avec son treizième mois ! Il est là, il n’est pas chez lui mais il est à l’aise. Les drapeaux français et européens à peine visibles ressemblent plus à des draps de bains qui sèchent au loin qu’à des étendards !

Que disaient les portraits des prédécesseurs de François Hollande ?

Il y a la photo majestueuse du général de Gaulle, sans sourire, une tête de statue, en habit d’apparat présidentiel, avec le collier de grand maître de l’ordre de la légion d’honneur. Il est, à l’évidence, le successeur des rois et des empereurs. C’est Valéry Giscard d’Estaing qui modernisera le portrait avec un décadrage audacieux de Jacques Henri Lartigue sur fond de drapeau tricolore ; la photo est horizontale, comme un écran de cinéma. Retour au classique mais simplifié avec le cliché de Gisèle Freund de François Mitterrand, dans la bibliothèque, un livre ancien ouvert à la main, (le Général de Gaulle avait la main droite posée sur un livre fermé). Jacques Chirac est le premier à sortir dans le jardin, pour un cliché un peu raide signé Bettina Rheims. Et pour Nicolas Sarkozy par Philippe Warrin : tout à la fois ! Debout en majesté, comme le général et Pompidou, avec un drapeau comme Giscard (il y ajoutera le drapeau européen), dans la bibliothèque comme Mitterrand, plan au-dessus des genoux et veste large pour la carrure, comme Chirac. Le président qui voulait la rupture a fait dans l’accumulation des symboles de la « présidentialité »… La photo officielle souligne une époque politique, une pratique du pouvoir. Avec François Hollande, à force d’appliquer la grille de lecture « normale et simple » on en viendrait presque à se demander si c’est bien « normal et simple » d’afficher sa photo dans tous les bâtiments officiels. La République est représentée déjà par le drapeau, Marianne, le triptyque « liberté, égalité, fraternité », la Marseillaise. Pourquoi personnaliser par le portrait du Président la République Française ? Sans doute parce que parmi les symboles figés et intemporels, le portrait du Président, seul élément changeant, marque l’époque et souligne les renouvellements, la vitalité démocratique.

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