Patrick Buisson, l’inspirateur de la campagne de Nicolas Sarkozy et de la droitisation de l’UMP a déclaré à L’Express que Nathalie Kosciusko-Morizet n’avait aucune chance de gagner à Paris.

Oui et je vais vous lire sa déclaration parce que les vieux maurassiens disent à peu près n’importe quoi mais au moins, ils le disent bien. Donc je cite : « Nathalie Kosciusko-Morizet n'est pas la meilleure pour gagner, mais la meilleure pour perdre. Mon propos n'est pas idéologique, il est politologique. Pour gagner, il faudrait que la droite aille au-delà de son périmètre sociologique naturel. Avec NKM, elle restera en deçà. Sa personnalité est trop clivante, trop bling-bling pour ce qui reste des classes moyennes à Paris, trop mariage gay pour l'électorat conservateur de la manif-pour-tous, déterminé à la faire battre. Pour ces électeurs, Paris ne vaut pas une abjuration ». Fin de citation. Si l’on était un brin conspirationniste, on pourrait croire que la candidate UMP a payé le maître Yoda des réacs pour qu’il fasse cette déclaration ! Donc la candidate UMP n’irait pas « au-delà du périmètre de la droite ! » dit-il… Pourtant, en s’abstenant sur le mariage gay, elle a prouvé le contraire. Sur ce sujet au moins, NKM dépasse son propre camp, mais d’un seul côté… par la gauche et non pas par l’extrême droite comme l’aurait aimé l’homme qui facturait à l’oreille de Sarkozy. Ensuite Patrick Buisson dit que son positionnement trop « mariage gay » troublerait le reste de classe moyenne parisienne. Or la classe moyenne parisienne n’est pas spécialement anti mariage gay ! Il suffisait de se promener dans les cortèges des manifs pour tous pour constater que le gros de la troupe était plutôt composé de la classe moyenne supérieure et de la bourgeoise très classique de l’ouest parisien. Dans un an, ils seront ravis de voter pour la jeune femme de très bonne famille contre la méchante socialiste.

Vous dites que ce genre de déclarations aide Nathalie Kosciusko-Morizet. Pourquoi ?

Parce que sa stratégie est simple : l’UMP, pour gagner, doit remporter (au moins) deux gros arrondissements, on parle du XIIème et du XIVème et, en plus ne pas perdre le Vème. Le XIIème et le XIVème ne sont pas des arrondissements peuplés de la bourgeoisie conservatrice qui compose le cœur électoral de la droite parisienne de l’ouest. L’électorat populaire et commerçant de la droite de l’est (qui avait fait les beaux jours du chiraquisme municipal) a fondu avec ce que l’on appelle la gentrification des années 90 et 2000. Politicologiquement (j’adore ce mot buissonien) ça change tout. Le but de NKM est donc, non pas de faire en sorte que la « gauche gentrifieuse », communément appelée « bobo », vote pour elle, mais qu’au moins elle accepte de ne pas voter pour Anne Hidalgo. Pour cela il ne faut pas être repoussoir, ne pas se montrer sous un jour « manif pour tous » à la sauce Buisson. La politologie de Paris est très particulière puisque on remarque ce paradoxe : plus le PIB par tête de Paris augmente (et ce fut le cas ces dernières décennies), plus la gauche gagne ! Mais en mars prochain, au bout de presque deux ans de présidence Hollande et de pression fiscale sur les classes moyennes supérieures, les gentrifieurs pourraient avoir du mal à se mobiliser pleinement pour la candidate socialiste ! C’est le pari de l’UMP. Encore quelques « buissonades » et NKM deviendra même la coqueluche des bobos du XIIème, du XIVème et de la gauche germanopratine des V et VIèmes arrondissements !

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