"Violences policières" et "police raciste" : des termes que le gouvernement refuse en bloc. A tort parce que ces locutions recouvrent plusieurs réalités.

Une manifestante tient une pancarte indiquant "Pas de justice, pas de paix" lors d'un rassemblement pour rendre hommage à George Floyd, tué par la police à Minneapolis (USA) et Adama Traoré il y a quatre ans
Une manifestante tient une pancarte indiquant "Pas de justice, pas de paix" lors d'un rassemblement pour rendre hommage à George Floyd, tué par la police à Minneapolis (USA) et Adama Traoré il y a quatre ans © AFP / Alain Pitton / NurPhoto / NurPhoto

Le gouvernement ne peut effectivement pas  accepter l’idée que la police serait intrinsèquement violente, au-delà  bien sûr de la fameuse violence légitime dont l’Etat serait dépositaire,  selon Max Weber. Ce serait valider la théorie selon laquelle la police ne serait que le bras armé d’un système de domination. 

Il en va de même  pour l’idée selon laquelle la police serait, là encore, par nature, raciste. C’est ce que pense le nouvel antiracisme dit ‘politique’ ou ‘systémique’.  Le racisme serait avant tout un aspect du système de domination, résidu de l’esclavage aux Etats-Unis et de la colonisation en France. Les  blancs seraient les dominants, privilégiés de ce système, les autres,  dits ‘racisés’, en seraient  les dominés. Cette théorie, venue des  Etats-Unis (en vogue dans une partie de la jeunesse étudiante  française) a pour inconvénient de nier la responsabilité individuelle.  C’est une théorie qui défie l’universalisme, base de l’antiracisme humaniste, notamment de la gauche des années 1980/90.

Les termes de ‘violences policières et ‘racisme policier’ ne sont pas à proscrire pour autant

Tout dépend de l’article que vous mettez devant. ‘LA violence policière’, ‘LE racisme policier’ suggère donc que la police est violente ou raciste parce qu’elle est la police, alors que ‘LES violences policières’ désignent simplement des dérives récurrentes, quasi permanentes

Et  il est difficilement concevable que le ministre de l’Intérieur refuse ces locutions, lui qui dit maintenant vouloir améliorer la déontologie policière

Ce n’est pas simplement une question de déontologie. La disparition totale de toutes idées et crédits de prévention, les effets de la ghettoïsation, de la ségrégation spéciale de fait, une pente répressive toujours accrue depuis le passage de Nicolas Sarkozy à l’intérieur en 2002, les lois anti-terroristes utilisées au-delà de leur domaine et la fin de la police de proximité donnent des arguments aux  antiracistes systémiques. 

L’idée fausse selon laquelle il y a un racisme ou une violence d’Etat se renforce à chaque étape de la ‘roboco-pisation’ de l’accoutrement des policiers… et surtout tant que  les jeunes, noirs ou maghrébins, ressentent, par expérience quotidienne, les discriminations, par exemple, du contrôle au faciès ; l’engrenage  de la défiance mutuelle détruit tous les jours le principe idéalisé de la police républicaine. 

Comment peut perdurer une telle différence entre ce que vivent ceux qui se font contrôler et ce que rapportent les  autorités ? Pourquoi, contrairement aux autres ministres avec leurs  fonctionnaires, le ministre de l’Intérieur ne peut pas assumer un  conflit avec les policiers qui salissent leur mission ? De quoi a-t-il  peur ? 

La police n’est pas raciste ni violente en elle-même, mais elle  est maintenant rongée par ces deux fléaux. Il y a peut-être un contexte  social qu’il faut mieux comprendre, des missions inadaptées qu’il faut déceler, des réalités de terrain qu’il faut admettre… Mais le fait est :  la façon dont est recrutée, formée, équipée et surtout commandée la police, pose un grave problème pour la cohésion en France…

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.