C'est l'heure du bilan ce matin sur France Inter, du compte des promesses tenues et de celles qui ne l'ont pas été. Un an presque jour pour jour après l'élection de Nicolas Sarkozy, que peut-on retenir de cette année de présidence ? Au secours, on se noie ! A quelques heures de la date fatidique du 6 mai, oui, c'est demain, mais comme tout le monde à France Inter, on se dit qu'en célébrant cet anniversaire la veille, on prend de l'avance ! A quelques heures donc de fêter l'année écoulée, on se retourne pour constater le chemin parcouru, et on se noie ! Un an de Sarkozy, ça ressemble à quoi, comment trier, comment qualifier cette année écoulée ? L'AFP nous inonde de chronologies ; opposants et défenseurs nous assènent de formules définitives "1 an de Sarko, c'est déjà trop" ou "Sarkozy, c'est parti" ; les télé de best off ; la presse étrangère s'y met - "la présidence Sarkozy, une pièce de théâtre en 3 actes", titrait il y a quelques jours "The Economist"... Alors nous, que choisir ? Si l'on s'en tient au chiffres, comment échapper à ceux des sondages, cette courbe de popularité en chute libre qui dit si bien comment Nicolas Sarkozy est passé dans l'opinion publique, de l'adhésion à la désillusion. Si l'on s'en tient aux mots, que retenir ? "Bling bling", néologisme accroché à un président, à l'ostentation hors du commun, "casse toi pauv' con", vocabulaire de charretier inusité dans une bouche présidentielle, ou "erreurs" ces fameuses erreurs avouées il y a 10 jours, fautes avouées à moitié pardonnées pour faire table rase du passé ? Si l'on parle du style justement ? Qui est au final Nicolas Sarkozy ? L'hyperprésident hyperactif, énergique/énergétique que les Français ont plébiscité pour son activisme, ou l'autre, l'homme contrit/contraint, déjà impuissant. "Qu'attendez-vous de moi ?", demandait-il en janvier. Si l'on s'en tient aux concepts politiques, que reste-t-il de la rupture, mot clef de la campagne, si ce n'est sa rupture avec les Français ? De l'ouverture ? Bof, les ministres qui s'en réclament ne sont pas les plus heureux du gouvernement, et électoralement, on ne peut pas dire qu'elle ait fait des miracles lors des dernières municipales. Si l'on fait les comptes, le différentiel des promesses tenues de celles qui ne l'ont pas été, ou pas encore : paquet fiscal, service minimum, réforme des régimes spéciaux, universités, peines planchers, immigration, grenelle de l'environnement... Oui, ça, c'est fait. Mais le manque de lisibilité, de justice sociale, d'anticipation de la crise inernationale ont échoué à créer le choc de confiance annoncé et puis reste le plus dur, les retraites, le pouvoir d'achat toujours, et la purge des comptes publics. Au final, une question, une seule peut-être : Nicolas Sarkozy a-t-il pris la mesure de sa nouvelle fonction ? Car dans le désamour des Français aujourd'hui, il n'y a pas seulement le regret de mesures prises ou mal comprises, il y a aussi un reproche, il n'est pas le président qu'il nous avait promis d'être. Il a d'abord fait éclater les codes de la fonction présidentielle, convaincu que là où il était désormais, il ne pouvait plus rien se laisser imposer, avant d'accepter, ces dernières semaines, l'idée de s'y conformer. Sa nouvelle épouse d'ailleurs n'est pas pour rien dans ces efforts de re-présidentialisation. En Afrique du sud, lors de leur visite sur le lieu de détention de Nelson Mandela, c'est Carla Bruni qui calme l'impatience de son époux, excédé par les quelques minutes de retard prises sur le programme. Tics de l'épaule droite, soubresauts de la jambe gauche, sa femme intervient "tu vas voir, cela va être très intéressant et puis ce sont nos hôtes tout de même, Nicolas". C'est elle qui lui rappelle les us et devoirs de la fonction présidentielle. Nicolas Sarkozy donc, ou le président du tournis. Nicolas Sarkozy a finalement passé son année à opérer une révolution, révolution au sens astronomique du terme, un tour sur lui même. Il nous a tout montré de lui, et surtout sa difficulté à "faire président" selon sa propre expression. Il lui reste à "faire" tout court, cette révolution qu'il avait promise aux Français ; qu'il cesse de nous parler de lui, pour s'occuper de nous. Il lui reste 4 ans.

L'équipe
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.