Nicolas Sarkozy est Président depuis deux ans. Exercice obligé : c'est le moment de faire un bilan. La façon la plus simple de faire le bilan serait de regarder les promesses tenues. Et en même temps, répondre à cette question permet de dire tout et son contraire. Comme Jean-François Copé hier, on peut affirmer que les cases de presque toutes les promesses sont cochées. Et c'est vrai que le président a abordé, par de nombreux discours et un déluge de lois depuis deux ans, tous les thèmes de sa campagne. Pour autant, la case de la mère de toutes les promesses, le « fameux travailler plus pour gagner plus », n'est pas prête d'être cochée. Alors, bien sûr, il y a la crise financière mondiale. Mais il se trouve que la crise a (et c'est du pragmatisme, nous dit-on) a réclamé des mesures diamétralement opposées à la philosophie générale qui prévalait lors de la campagne de Nicolas Sarkozy. Emplois aidés, intervention accrue de l'Etat, abandon de la maîtrise des déficits. En même temps, plusieurs promesses déjà tenues sont inopérantes en période de récession, comme la détaxation des heures supplémentaires ou, contestées même au sein de la majorité, comme le bouclier fiscal. La crise nous offre deux façons de lire le bilan des promesses : la façon, disons compréhensive qui consiste à dire que l'effet des promesses est différé par une conjoncture particulièrement sévère et une façon plus critique, que l'on pourrait résumer par cette question : des promesses qui ne peuvent être tenues que par temps de croissance et de soleil sont-elles vraiment sérieuses ? Nicolas Sarkozy avait aussi promis la rupture. Et ce mot est à la fois trop vague et trop fort. Cette promesse a eu des fortunes diverses. Nicolas Sarkozy a contribué à renouveler la classe politique. De nouvelles têtes, de nouvelles personnalités plus ou moins intéressantes sont apparues et la gauche a dû suivre le mouvement. Nicolas Sarkozy renouvelle le personnel politique de son camp mais en même temps, il lui enlève une bonne partie de ses prérogatives en concentrant l'activité de l'exécutif à l'Elysée. Rupture contrastée encore avec la pratique des institutions : le président a inscrit dans les textes le rééquilibrage entre l'exécutif et le Parlement. Dans les faits, le parlement semble hésiter à prendre son essor et se laisse toujours dicter son ordre du jour de façon détournée. La rupture la plus effective se situe bien dans la gouvernance. Nicolas Sarkozy n'hésite pas à se présenter comme chef de la majorité et, en même temps, comme le Président de tous les Français. C'est moins hypocrite que la posture de pseudo arbitre de ses prédécesseurs, qui en douce, composaient aussi les listes de leurs partis pour les élections européennes, par exemple. Donc, la rupture ne signifiait pas qu'on allait changer les mauvaises pratiques mais qu'on les assumerait en plein jour ou même qu'on les institutionnaliserait, comme la nomination directe des patrons de chaines publiques par l'Elysée ! Le vrai changement, il est surtout dans le rythme. Pas toujours dans le rythme de l'exécution des réformes, ni dans la réalité de leur exécution, mais dans le rythme de leur annonce. Le président lui-même occupe le terrain des annonces. On appelle ça du volontarisme si on admire, de l'agitation si l'on est dubitatif. En tout cas, c'est un tourbillon qui met les parlementaires et les commentateurs de la vie politique dans une essoreuse à idées et à images. Une annonce, une initiative chasse l'autre sans qu'on ait vraiment le temps de l'analyser, de l'évaluer. Il en ressort une impression d'action et d'inachèvement, d'énergie et parfois de manipulation. C'est une stratégie assumée d'occupation du terrain politique. Elle est réussie en ce sens que le terrain est effectivement occupé. Mais après deux ans de pratique, on peut se demander si ce n'est pas une stratégie destinée à conquérir le pouvoir, voire à le reconquérir... plutôt qu'à l'exercer.

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