**Dans votre édito aujourd’hui, retour sur la décision controversée de la Cour de justice de la République qui a condamné Charles Pasqua à un an de prison avec suris.Oui, on y revient parce qu’évidemment ce verdict est contesté. Non pas seulement par son contenu mais aussi par sa nature. Dans une démocratie ouverte et transparente c’est l’évidence même qu’une décision de justice professionnelle, interne, corporatiste est incongrue et ses verdicts évidement suspectés avant même d’être rendus. On ne voit pas pourquoi ce qui relève de la corruption, sous prétexte qu’il s’agit d’un ancien ministre, devrait être jugé par une justice d’exception. Cette forme de justice entre soi, archaïque et rapide n’est tout simplement plus crédible. Elle ne l’était pas avant que la Cour de Justice de la République se réunisse la semaine dernière, elle l’est encore moins depuis que Charles Pasqua y a pris la parole pour dire ceci, je cite : « chacun sait qu’il y a depuis toujours dans ce pays un bras de fer entre le système judiciaire et le pouvoir politique »…l’ancien ministre de l’intérieur, qui fut souvent en conflit, quand il était place Beauvau, avec ses collègues du ministère de la justice, ne porte pas l’institution judiciaire dans son cœur. Charles Pasqua, comme beaucoup d’hommes politiques de sa génération a toujours considéré les juges comme des empêcheurs de gouverner en rond et si possible à l’ombre. La phrase du sénateur des Hauts-de –Seine que je viens de citer s’adressait donc à ses juges qui, pour l’occasion, étaient des parlementaires. Il ajoutait à leur adresse, je rouvre les guillemets : « et c’est le peuple que vous représentez ». Je traduis en français ce qu’il faut comprendre de ces propos ; là j’ouvre mes guillemets à moi ! « Vous n’êtes pas des juges, vous êtes supérieurs puisque vous êtes élus de la nation comme moi, on est en famille » fermez mes guillemets de traduction (assez libre c’est vrai) de la langue pasqualienne. La façon dont les juges ont traqué les fausses factures, les emplois fictifs et les trafics d’influence dans les années 80, 90 et au début des années 2000, a contribué à moraliser le financement de la vie politique. Les révélations et les procès retentissants de ces années là ont amené les gouvernants à encadrer le financement des partis avec plusieurs lois, notamment sous l’influence du gouvernement Rocard, il y a maintenant presque vingt ans. Et ça, pour le plus grand bien de l’immense majorité de la classe politique, composée d’élus locaux ou de parlementaires sans responsabilités partisanes de hauts niveaux qui animent la vie politique et gèrent les affaires publiques au plus près de la population. Voila pour les principes mais en quoi ce verdict là est contestable ?He bien dans les motivations que la Cour de Justice de la République a publiées avant-hier il est dit, je cite : que les « faits commis par Charles Pasqua sont d’une gravité certaine »… et pourtant la Cour ne condamne l’ancien ministre qu’à du sursis en raison de son âge et de son passé au service de la France. C’est étrange de considérer que d’avoir eu des responsabilités au service de la France et d’avoir une très longue expérience amoindrit la responsabilité. Un peu comme si les juges-parlementaires voulaient faire passer le désastreux message qu’ils sont fort avec les faibles et faibles avec les forts. A ce stade et sur ces questions on pourrait citer Montesquieu ou Tocqueville… Hé bien non la citation la plus pertinente me vient plutôt de Sam Raimi… alors ce n’est pas un disciple de John Locke c’est l’auteur du film Spiderman. Sam Raimi fait dire l’oncle du super-héro, qui découvrant les pouvoir de son neveu qu’ : “avec de grands pouvoirs, viennent de grandes responsabilités”.**

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