Vous avez lu l’interview de Nicolas Sarkozy dans L’Express. A l’évidence, le Président est candidat.Oui, dans l’année qui précède l’élection, le Président doit à la fois rester président tout en laissant fortement penser qu’il sera candidat. Si c’était l’impression contraire qui devait dominer dans l’opinion, il perdrait une bonne partie de son autorité. A quoi bon l’écouter, se dirait-on, puisqu’il ne sera plus aux manettes dans quelques mois? Mais le sous-texte des réponses du Président à L’Express laisse entendre qu’il sera effectivement candidat. Pour engager sa campagne, il va falloir qu’il se demande pourquoi il en est arrivé là en termes d’opinion. « La crise » répond-t-il ! Bien des promesses n’ont pas été tenues, bien des réformes n’ont pas abouti et ce qui a été fait, notamment la réduction de la sphère publique, semble aller à l’inverse du programme envisagé pour le candidat Sarkozy 2012, basé sur la notion de protection. L’équation va être compliquée à résoudre. Le thème de la crise n’est pas une explication efficace. Chacun comprend qu’elle ait rendu la vie plus dure mais il est difficilement admissible qu’elle ait accru les inégalités ! Et puis, dire : « je n’ai pas pu appliquer mon programme à cause de la crise » revient à dire que son programme n’était taillé que pour les temps de croissance. C’est comme s’il nous avait vendu un vélo que pour les descentes, pas pour les montées. Mais l’impopularité du Président dépasse en réalité le simple cadre de la déception d’ordre programmatique. Il s’agit aussi de la gouvernance, du style, de la façon tout simplement d’être président de la République. Tout se passe comme si l’hypermédiatisation, l’invasion programmée de l’actualité par sa personne depuis 2002, la stratégie d’occupation des 20 heures, cette technique avait trouvé sa limite. L’opinion est essoufflée, non pas d’actions ni de réformes mais de mots et de mouvements. En ce moment elle le fait payer au Président. Vous dites, en « ce moment »… ça peut donc changer ?Peut-être parce que nous vivons une accélération du temps politique, dûe à la combinaison du quinquennat et de la modernisation des moyens de communication qui produit une information politique permanente, affamée d’événements, de polémiques et d’annonces. La roue peut tourner. Mais pour l’instant le trop plein de Sarkozy a fini par démonétiser sa parole. On l’entend sans plus l’écouter. On peut d’ailleurs remarquer que l’effet zapping produit par l’accélération du temps politique, amplifié par la gouvernance Sarkozy, entraîne dans son sillage un vieillissement prématuré de la génération politique de 2007. Prenez le tiercé gagnant d’il y a 4 ans ! Nicolas Sarkozy, on vient d’évoquer son état, Ségolène Royal, largement distancée par ses concurrents du PS, François Bayrou étouffé par le trop plein de nouveaux leaders centristes. On ne les voit pas revenir en force en 2012 ; quoique… ce qui est démodé peut revenir en grâce ! Généralement en politique (on le voit en ce moment avec de Gaulle, Pompidou ou Mitterrand) ce sont surtout les morts que l’on regrette… mais puisque notre constat c’est que la politique vit maintenant au rythme médiatique, les modes peuvent revenir plus vite, de leur vivant…vous connaissez la tournée d' "Âge tendre et têtes de bois" ! Hervé Vilard, Franck Alamo, Demis Roussos… il parait qu’ils font un tabac dans toute la France ! De là à imaginer une tournée victorieuse des langues de bois 2007...

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