Ce matin vous revenez sur la déclaration de François Hollande dans le Journal du Dimanche d’hier : « le retournement arrive ».

Oui, le « retournement économique » est quasiment là, dit le Président qui évoque même la deuxième partie de son quinquennat comme une période de « redistribution »…Un mot qui risque de ne pas vraiment correspondre à ce que vivent les Français qui sont en train de découvrir combien ils paieront d’impôts l’année prochaine ! Donc, François Hollande laisse son Premier ministre « assumer » une politique d’effort budgétaire et de gel des prestations et, lui, parle de « redistribution »… En entendant « retournement », on retrouve le François Hollande qui s’en remet aux cycles. La fameuse théorie des cycles qui veut que des périodes de récessions et de croissances se succèdent forcément. Après la pluie le beau temps, après la crise la reprise… Le tout c’est de savoir accompagner au mieux ces cycles économiques, en hâter et en augmenter la portée quand ils sont bénéfiques. La mécanique des cycles fait le boulot à la place des politiques… L’art de gouverner serait alors réduit à la maîtrise des instruments procycliques ou anticycliques au bon moment. Un bon président serait donc celui qui, devant la grande machine de l’économie, ne pourrait que pousser quelques feux, en atténuer d’autres dans le timing approprié. Ce qui laisse peu d’espace au volontarisme… et qui, dans un pays aussi politique que le notre, est peut-être l’un des facteurs de la neurasthénie collective !

François Hollande veut donc faire en sorte que la reprise corresponde à la deuxième partie de son mandat pour sauver ses quelques chances de réélection ?

Oui mais la concomitance entre les cycles économiques et politiques n’est pas évidente. L’équivalent des cycles économiques en politique, c’est la « théorie du balancier ». Le balancier va dans un sens, il revient toujours dans l’autre sens… de gauche à droite et inversement. Au lendemain de la catastrophe du 21 avril 2002, une partie des cardes du PS voulait entamer un profond travail pour refonder les bases idéologiques du parti. François Hollande, lui, était beaucoup plus serein et invoquait la théorie du balancier. Il suffisait d’attendre et de se tenir prêt. Le balancier allait revenir… question de gravitation… ça avait plus avoir avec Newton qu’avec Keynes ! Etre l’homme du balancier c’est être dans un état d’esprit assez fataliste puisque le principe c’est que, quoi qu’il arrive, quelque soit l’action des politiques, le balancier revient toujours. Après l’impopularité, la popularité ! Avec cette théorie, on pourrait aussi dire que les chances de réélections sont réduites au minimum ! Mais celui qui invoque les cycles, s’il est au pouvoir, pense toujours confusément que, lui, pourra tordre un peu la logique. Bref la pensée « cycle et balancier » est pratique et sélective. Dans cet état d’esprit, annoncer un retournement est assez étrange ! S’il a lieu, on s’en apercevra, ça se verra. Et il sera toujours temps de s’en féliciter et de tenter d’en récolter les fruits politiques. L’annoncer avant qu’il ne soit perceptible c’est comme pousser le balancier d’une pendule pour que le temps avance plus vite ! A moins que le président compte parmi les armes procycliques, c'est-à-dire propre à accélérer le cycle, l’arme psychologique : faire croire que ça va mieux pour que ça aille effectivement mieux ! François Hollande devrait pourtant être vacciné contre cette méthode après le « coup » du retournement de la courbe du chômage avant fin 2013 ! Il devrait parce que l’opinion, elle, est vaccinée !

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