Non, au-delà des activistes habituels, il y a une acceptation assez générale pour plus de moyens, en matériels et en droit pour le renseignement. Il suffit de voir l’évolution très rapide à l’égard des caméras dans les lieux publics. Toutes les municipalités de gauche, dirigées par des élus qui, il y a 20 ans, fustigeaient le flicage généralisé, ont installé, avec la bénédiction de leurs électeurs, des milliers de caméras. Aujourd’hui, il en va de même pour les moyens donnés aux services de renseignements. En réalité, la toile et les réseaux sociaux, les nouveaux moyens de communication, pourvoyeurs de grandes libertés, sont aussi perçus comme des armes dangereuses qu’il ne faut pas laisser sans surveillance. L’opinion de gauche et libérale, sensément plus sensible à ces sujets, ne s’est pas mobilisée contre cette loi. Les attentats de janvier n’y sont pas pour rien, bien sûr. Mais au-delà, l’évolution des techniques de communication, ces dernières années, a apporté beaucoup de liberté tout en insécurisant nos vies. Ces changements brouillent les termes classiques du débat qui permet d’établir un équilibre acceptable entre sécurité et liberté dans une démocratie.

Malgré le peu de soutien de la population, ceux qui militent contre cette loi ont quand même déjà obtenu des améliorations.

Oui, et il reste des points délicats, on peut s’étonner, par exemple, de l’un des motifs retenus, par lequel une surveillance accrue peut être déclenchée : « La prévention des atteintes à la forme républicaine des institutions ». En ce moment, pour des raisons tout à fait compréhensibles, tout le monde chérit la République. Or, les anarchistes, les royalistes, peuvent bien contester la République sans avoir à craindre d’être surveillés par l’Etat. Qu’est-ce que mettre en cause « la forme républicaine des institutions » ? Les zadistes qui occupent des zones de construction d’infrastructures qu’ils contestent, peuvent parfois utiliser une certaine violence qui n’a rien à voir avec la menace terroriste. Ils mettent, en quelque sorte, en cause la forme républicaine des institutions puisqu’ils sont libertaires et ne respectent pas des décisions prises par des assemblées ou des exécutifs locaux. Sont-ils pourtant à surveiller massivement comme des assassins potentiels ? Ceux qui s’opposent, avec des arguments religieux, au mariage pour tous contestent parfois la forme républicaine de nos institutions. Installer la notion de «République» comme objet totémique, comme si remettre en cause la forme républicaine de nos institutions était forcément un premier pas vers le terrorisme, c’est refuser que s’exprime une certaine radicalité, pourtant nécessaire au débat démocratique. Ça raisonne un peu comme la phrase potentiellement totalitaire de Saint-Just, « pas de liberté pour les ennemis de la liberté ». Les opposants à cette loi frisent parfois la paranoïa, le procès d’intention, mais ils rappellent qu’il faut armer la démocratie sans la diminuer. Le paradoxe, sur lequel butent ces opposants, est que – parlant de démocratie - l’opinion y est largement favorable… Et pas simplement parce qu’elle serait mal informée.

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