Ce matin, vous évoquez l’enquête annuelle du Comité National Consultatif Des Droits de l’Homme, publié dans Le Monde en début de semaine.

Une enquête aux résultats contre-intuitifs, donc passionnants, qui n’a pas eu le retentissement mérité. Pas assez catastrophiste sans doute. Au contraire d’ailleurs, l’enquête dit que les Français sont de plus en plus tolérants et ouverts, moins racistes qu’on ne le croit… et surtout, la tendance est bonne. Le CNCDH a construit depuis 1990 un instrument de mesure élaboré à partir de 69 questions posées à un large échantillon de la population depuis 26 ans. L’indice longitudinal de tolérance (c’est son nom scientifique !) s’apprécie par son évolution. Il place la tolérance envers les juifs à 84 points (+4) en 2 ans, envers les noirs à 79 (+7), les maghrébins 69 (+12), envers les musulmans à 62 (+7… +7 points en deux ans, donc en tenant compte des attentats). Point noir de notre tolérance, la situation des Roms, qui n’ont qu’un indice de 34 points mais en augmentation, tout de même, de 8 points. Les évènements du monde, les attentats, la crise des réfugiés ayant eu pour effet de braquer les projecteurs sur des situations dramatiques, des réalités tragiques, une plus grande acuité de l’opinion sur la situation du monde et des minorités dans notre pays, s’est développée. On a moins peur de l’autre. D’autres indices confirment cette surprenante tendance : le nombre de mariages mixtes repart à la hausse dans notre pays qui est déjà l’un des pays occidentaux où il se pratique le plus. L’installation d’élites issues de la diversité est aussi en augmentation souligne la chercheuse Nona Meyer.

L’opinion est plus tolérante dans sa globalité, pourtant les actes racistes augmentent quand même !

Oui, et comme l’explique Nona Mayer ce n’est pas contradictoire. Il peut y avoir une crispation de certaines personnes, dans une société qui s’ouvre. Justement parce qu’elle s’ouvre ! Les actes antisémites ont un peu baissé, les actes antimusulmans ont, eux, augmenté. Mais ce qui est impressionnant c’est la réelle augmentation de la tolérance générale envers les musulmans, comme si le fait d’avoir beaucoup parlé de ces sujets avait informé, plus qu’effrayé le public et, finalement, servit la cause du fameux ‘pas d’amalgame’, selon laquelle on ne doit pas confondre musulmans et terroristes, sans nier, pour autant, qu’il existe un lien évident entre l’expression radicale de cette religion et les passages à l’acte criminel en son nom. On peut, à l’aune de ces résultats, considérer que les manifestations monstres du 11 janvier 2015, ne sont pas, comme l’affirmait Emmanuel Todd, l’expression d’un catholicisme zombie, sorte de communautarisme blanc, générateur potentiel d’une montée du racisme, mais bien d’une volonté d’ouverture, une demande de lien plus que de rejet ou de peur. Les résultats de cette enquête incitent à continuer à ne pas se laisser impressionner par l’accusation d’islamophobie quand on combat le fondamentalisme. On peut critiquer l’islam radical, la pression qu’il exerce sur une partie de la société fragilisée (et encore trop discriminée par ailleurs) sans être intolérant. Une évidence, au vu de certains débats actuels, qu'il n’est pas inutile de rappeler.

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