Sommes-nous de plus en plus infantilisés par le gouvernement ? Exemple avec le site officiel anti-Fake news. Les Français sont des citoyens adultes et surinformés… Ils n’ont pas besoin de papa national. Même si, soyons honnêtes, il s’agit largement d’une question de ton.

Cette impression domine. Le péché originel, on y revient toujours, c’est le propos sur les masques en mars … cette façon de nous dire que le masque n’était d’autant pas utile pour nous que, en plus, nous ne saurions pas le mettre correctement. 

Puis il y eut le préfet Lallement qui morigénait les "citoyens-garnements"… Un ministre qui expliquait que si l’on ne se confine pas mieux, pas de dé-confinement ! Des drones pour veiller que personne ne se promène sur les immenses plages de l’Atlantique ! 

Après la métaphore guerrière, le président s’est montré plus compatissant... Père de la Nation. Notion assumée et désuète. 

Les Français sont des citoyens adultes et sur informés… ils n’ont pas besoin de papa national. 

Soyons honnêtes, il s’agit largement d’une question de ton. Il n’est pas simple d’avoir le discours adéquat : rien ne ressemble plus à l’infantilisation que la responsabilisation. Il s’en faut d’un mot, d’une modulation de la voix.

Edouard Philippe (est-ce sa fonction ?) arrive mieux que le président à tenir un discours responsabilisant sans donner l’impression d’infantiliser. 

Peut-être aussi parce qu’il a choisi d’assumer et d’exprimer la part de doute, d’incertitude, dans laquelle les autorités se trouvent face à la pandémie et à ses effets. 

Le mot ‘chamailleur’, choisi par le président dans son message, pour qualifier avec une bienveillance maladroite les 1er Mai traditionnels, là où il s’agit de célébrer des luttes d’adultes, vient apporter une désolante touche d’infantilisation de plus !

Enfin il y a ce site par lequel le gouvernement trie les articles de presse pour lutter contre les fake news

L’Etat "stabylobosse" pour les citoyens les bons articles à lire. La presse professionnelle est diverse, variée, son métier c’est, tout en proposant des analyses pluralistes, de donner des faits. Tous les titres de presse enregistrés comme tels devraient figurer sur le site en question… qui n’a donc pas lieu d’être. 

Les fake news sont sur les sites non journalistiques, parfois, c’est vrai, dans les débats  de chaines de télé peu scrupuleuses. Mais les titres de presse (contrairement aux sites non journalistiques) ont le statut d’éditeur. Ils sont, de ce fait, responsables pénalement des informations qu’ils donnent.

Le choix des articles effectué par le gouvernement ne peut donc pas être un choix entre les articles de presse qui diraient la vérité factuelle et ceux qui ne la diraient pas. Cette initiative, qui infantilise le citoyen-lecteur, est au mieux maladroite. 

Décidément cette crise bouleverse bien des critères classiques dans la façon de gouverner autant que dans la façon classique d’être gouverné. L’impression d’infantilisation est aussi le fait de notre situation bien particulière de citoyens confinés, passifs, reclus. 

Avec notre liberté entravée pour la bonne cause, nous revoilà presque mineurs, « adolescentisés ». Nous recevons ainsi chaque décision gouvernementale, comminatoire et parfois contradictoire, comme des intrusions inhabituelles.

En ce moment, l’Etat nous prodigue des conseils de lecture, il nous explique comment il faut vivre, jusqu’à la façon de laver nos mains. Cela requiert un art de la communication hautement sophistiquée qui,  à l’évidence, n’est pas maîtrisé.

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