C’est au tour de Jean-Marie le Pen de se mettre en 4 ce matin sur France Inter. Le président du Front national mène sa 5ème campagne présidentielle, ce qui n’en fait pas un doyen de la course, mais néanmoins un habitué. Question renouvellement, c’est pas vraiment ça ! Le FN a un chef, un candidat, et c’est le même depuis le début des années 70, Jean-Marie le Pen, inusable, inoxydable, inimitable. Qui de campagne en campagne présidentielle depuis 74, avec juste une pause en 81, laboure les mêmes terres, martèle les mêmes slogans, flirte avec les mêmes excès, et se présente toujours comme le seul sauveur d’une Nation en perdition. Ceci dit, pourquoi changer une équipe qui gagne ? Quand d’autres aujourd’hui frémissent à l’idée d’être le 3ème homme, lui a déjà prouvé qu’il pouvait être le second. C’était en 2002, et évidemment, Jean-Marie Le Pen se verrait bien rééditer l’exploit, convaincu qu'il reste, quoi qu'en disent les sondages, le seul candidat anti système. Pourtant, il y a quelques semaines, une question nous a taraudé: et si Jean-Marie Le Pen avait « changé » ? Il se présentait dans Paris Match comme un homme de "centre droit"; il célébrait à Valmy la république, faisait fleurir des affiches iconoclastes, tenait un langage policé en toute chose ou presque. Il fallait voir sous ce Le Pen New Look, la main de sa fille Marine, principale ouvrière de cette tentative de « républicanisation » du vieux leader d’extrême droite, convaincue que pour gagner le second tour, il s'agissait d'élargir sa base électorale ! Mais décidément, chassez le naturel, il revient au galop ! Ces derniers jours, on a retrouvé le Le Pen qu’on connaissait. Interrogé pour savoir s’il irait aux obsèques de Maurice Papon, il éructe un sonore « et ta sœur ? », il dénonce partout les « familles kurdes qui arrivent nues avec leurs 5 enfants », et qualifie le 11 septembre « d’incident ». Et puis on retrouve tout simplement le programme du FN, immigrés indésirables et préférence nationale comme réponse à tout. Non Jean-Marie Le Pen n’a pas changé. Mais le monde autour de lui a changé. Avec sans consteste, un débord du discours politique vers la droite. On pense évidemment à Nicolas Sarkozy et ses appels du pied à son électorat « que ceux qui n’aiment pas la France ne se gênent pas pour la quitter », on s'interroge sur le discours sécuritaire désormais tenu également à gauche. Il y aurait même nous dit-on un "vote immigré" Le Pen dans les banlieues ! Vote révolutionnaire parait-il. En tout cas, preuve ultime de la banalisation des thèses FN; à la fin de l'émission de TF1, "j'ai une question à vous poser", Jean-Marie Le Pen a été applaudi ! Du coup, la question aujoud'hui "aura-t-il les 500 parrainages pour se présenter ?" prend toute son acuité ! Jean-Marie Le Pen aurait gagné la bataille de la lepénisation des esprits mais serait interdit de concourrir par "censure civique"? Alors s'agirait-il d'une victoire de la démocratie, ou d'un déni démocratique ? Ce qui est sûr, c'est que le vieux leader ferait payer cher, très cher son absence. Soucieux, du désordre démocratique qui en résulterait, les partis de l'établissement comme il les appelle pourraient bien lui venir en aide au dernier moment, préférant finalement un FN dans le jeu, plutôt qu'hors jeu. C'est la grande victoire de Le Pen : désormais le FN fait partie du jeu.

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