Par les temps qui courent, pas facile d'être un candidat UMP en campagne pour les municipales. Et comment est-ce pour un ministre qui soutient un candidat, sur le terrain ? Démonstration par l'exemple, avec Xavier Bertrand, ministre du travail parti soutenir hier à Montpellier, Jacques Domergue, en lice contre la maire sortante, Hélène Mandroux, et son allié Georges Frêche. Pas franchement un combat facile, il faut l'avouer. Alors, à l'heure où nombre de candidats gomment de leur matériel de campagne toute référence à l'UMP comme une marque d'infâmie, comment un ministre de l'équipe Sarkozy/Fillon peut-il s'en sortir sur le terrain, et à quoi sert-il ? Et bien d'abord à rassurer les troupes. A peine est-il descendu de l'avion, qu'un candidat murmure à son oreille, l'air sombre et entendu : "c'est comment le climat à Paris ?" La question englobe le président, François Fillon, leurs relations et les sondages qui promettent une raclée pour la droite. Xavier Bertrand, paterne, les rassure effectivement : "rien n'est joué, c'est vrai qu'il y a un réflexe de mécontentement, on va le sentir au premier tour, et puis au second, nos électeurs vont se reprendre". Plus tard, face à des sympathisants attentistes et parfois déjà désabusés, le ministre égrène les raisons qu'il y a de continuer à espérer et fournit quelques arguments aux candidats visiblement démunis : "Jamais on n'a vu de campagne aussi courte" affirme-t-il. Histoire de faire croire que dans les 5 derniers jours, tout reste à jouer. "Les sondages se sont toujours trompés" poursuit-il, rappelant 2001, la vague rose annoncée, la vague bleue la submergeant. Sur le fond, il tente de raisonner les déçus. A la manière d'un Nicolas Sarkozy qui aime se poser les questions pour y répondre lui-même, Xavier Bertrand s'interroge à haute voix : "alors, les résultats, c'est pour quand ?" et il énumère les réformes déjà engagées, autonomie des universités, peines planchers, service minimum, réforme des régimes spéciaux, TEPA... Le ministre ne mégote pas ses efforts de pédagogie. Réclamant de la patience aux électeurs, "nous avons promis de transformer la maison France en 5 ans, en 9 mois forcément, on est en plein chantier", faisant preuve d'humilité, "à nous de faire des textes d'application plus simples", "mais nous n'avons rien oublié des engagements pris" promet-il."Il y aura encore plus de réformes en 2008", tenez par exemple, premiers bénéficiaires des revalorisations à venir : les handicapés et les retraités ! A la sortie, une candidate soupire d'aise "ah, merci, on avait bien besoin d'un peu d'espoir sur le pouvoir d'achat." D'autres sont plus sceptiques pendant la visite ministérielle. "Franchement, "il" ne nous aide pas à Paris, grommelle un co listier dans le dos du ministre. "Il" nous fait de la pyrotechnie permanente, c'est le feu d'artifice tous les jours". Derrière ce "il" pudique mais coupable, Nicolas Sarkozy. Et c'est ce qu'il y a de plus marquant sur le terrain, plus une photo de Nicolas Sarkozy, plus une affichette "Sarko avec nous", son nom ne déclenche plus l'enthousiasme en meeting. 10 mois seulement après son élection, il s'agit d'escamoter le président si on veut avoir une chance de ne pas perdre. Xavier Bertrand lui, très en cours à l'Elysée aujourd'hui, a décidé néanmoins de faire le job, malgré "le vent de face" comme il dit. Ce n'est pas pur altruisme de sa part, il y aura forcément quelque chose à récolter après les bourrasques. Mais quand une femme dans la rue hier l'arrête pour lui dire "Ah ! tenez bon vous, et vous serez président de la république !" le ministre l'interrompt en rigolant : "mais pourquoi elle me veut autant de mal celle là !?" Rires et premiers calculs, car ce qui se joue dans ces municipales, c'est aussi peut-être le début, le premier acte, de la préparation à la succession de Nicolas Sarkozy. Eh oui ! Déjà ! Si tôt !

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