Edouard Balladur remet aujourd’hui son rapport sur la réforme des collectivités locales à l’Elysée. Et depuis une dizaine de jours, en entendant les commentaires sur le contenu de ce rapport, on se dit que le fameux millefeuilles administratif qui étouffe la vie démocratique et la gestion de nos territoires, risque de garder toutes ses feuilles et la crème pâtissière et le glaçage avec. Son application semble hypothétique. Sur le papier, le projet a quand même belle allure. Il s’agit de passer de 22 régions métropolitaines à 15 avec de vraies compétences en matière de développement économique. Les départements resteraient en place même si les cantons étaient supprimés et les élus départementaux siégeraient au sein de l’assemblée régionale. On favoriserait les communautés de communes et donnerait le statut de métropoles à onze grandes villes qui absorberaient les compétences de leurs départements. Il y aurait aussi la création d’un grand Paris regroupant les quatre départements du cœur de l’Ile-de-France. Edouard Balladur accole à son rapport deux propositions de lois, prêtes à l’emploi et propose aussi que la refonte de la carte régionale se fasse sur la base du volontariat. On garderait toujours le même nombre de niveaux administratifs mais les compétences seraient mieux réparties et la fiscalité locale plus lisible. Et pourtant, on peut craindre que rien ne change. Et cela pour plusieurs raisons. D’abord, un grand nombre d’élus locaux sont socialistes. Ils prêtent des arrières pensées politiciennes à Nicolas Sarkozy, et comme celui-ci vit sa présidence, aussi, en chef de la majorité, il sera obligé d’être convaincant pour rassurer l’opposition dans son discours aujourd’hui. Autre obstacle, encore le fameux cumul des mandats : les parlementaires censés voter la réforme sont aussi, bien souvent, élus régionaux ou départementaux, vice présidents de communautés de communes ! Autant demander aux militaires de voter eux même la baisse du budget de la défense ou aux enseignants la baisse de leurs effectifs ! Nicolas Sarkozy ne manquera pas de dénoncer le conservatisme de ceux qui prônent le statuquo. Il devrait d’abord s’en prendre à ceux qui n’ont pas voulu abolir totalement le cumul des mandats (c'est-à-dire à lui-même), le cumul qui empêche, bien souvent, les parlementaires de privilégier une vision d’ensemble par rapport a des préoccupations purement locales. Le Président de l’Assemblée, lui-même, doute fort que les propositions de loi d’Edouard Balladur puissent voir le jour. En réalité, toucher à la carte de France ce n’est pas simplement réorganiser l’administration locale et ce n’est pas simplement, comme disait le grand ministre gaulliste Edgar Pisani, tenter de faire de la « justice spatiale », c’est aussi modifier l’image du pays, la carte administrative multicolore que nos instituteurs déroulaient et nous faisaient apprendre. Il y a aussi un aspect identitaire. Souvenez-vous de la révolte des députés pour les plaques minéralogiques. On voit fleurir des sites internet du style –jamais-sans-ma-Picardie.fr- ou –sauver-nos-cantons.com. Et s’il y a vraiment un débat sur la réduction du nombre des régions, on risque d’en entendre de belles. Une association de personnalités bretonnes avait convié la presse, il y a quelques semaines, pour plaider la cause du rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne. Une idée, après tout assez sensée puisque Nantes était bien la ville des ducs de Bretagne. Mais parmi tous les bons arguments développés, par les patrons, artistes et élus bretons ce matin là, il s’en trouvaient aussi des pitoyables. On pouvait par exemple entendre une personnalité régionale connue -dont je tairais le nom par charité républicaine- qui prétendait que si tous les Français travaillaient autant que les Bretons, il n’y aurait pas de déficits sociaux puisque les Bretons, parait-il, sont moins souvent en arrêt maladie que les autres. Les prochains mois, quand il s’agira de redessiner la carte de France, on risque fort de les entendre « les imbéciles heureux qui sont nés quelques part » de Brassens.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.