Dans leurs derniers meetings, Nicolas Sarkozy et François Hollande se sont opposés sur le contenu à donner à la République.

Oui, il y a en ce moment une dramatisation de la campagne. Nicolas Sarkozy est aux abois. Nous sommes début mars et rien ne semble se passer comme il l’espérait, malgré une entrée en campagne fracassante… Cette relative impuissance du Président ne le pousse pas simplement à la droite de la droite mais aussi à invoquer l’essentiel. Quand on ne convainc pas, on tente de placer le débat sur un autre niveau en espérant qu’il sera plus favorable. Déjà, à Marseille, il y a 15 jours, Nicolas Sarkozy ne disait plus que François Hollande n’était pas à la hauteur, n’avait pas la carrure… non, il estimait que son principal concurrent n’aimait pas la France. Vendredi dernier, il lui reprochait de ne pas être républicain. De son côté François Hollande évoquait la présidence qu’il voulait incarner. En la dessinant il dressait en creux le portrait désastreux de la façon dont Nicolas Sarkozy avait exercé son mandat. Depuis longtemps, les opposants au Président le contestent au-delà de sa politique. Ils le contestent lui, ce qu’il représente, ce qu’il incarne ou ce qu’il n’arrive pas à incarner. Ce niveau de débat, sur la république et la France fait un peu controverse de théologiens sur l’interprétation des Saintes Ecritures. On dirait des évêques qui tentent de nous persuader que c’est dans leurs cathédrales, que sont conservés les vrais morceaux de la vraie croix du vrai Christ !

Et le christ en question c’est le général de Gaulle…

Oui, François Hollande le cite régulièrement et Nicolas Sarkozy a un retour de flamme gaulliste. Le gaullisme est assez flou et large pour accueillir la république sociale et égalitaire de Hollande ou la république conservatrice et populiste de Sarkozy. François Hollande, rend même hommage à la Cinquième république. « On a mis du temps à s’y faire » concède-t-il simplement. Le candidat socialiste se permet même quelques leçons de pratique de la république gaullienne : « je présiderai » sans décider de tout, en me concentrant sur l’essentiel, je donnerai le cap… promet-il pour montrer qu’il connaît les vertus gaulliennes. Il faut dire que Nicolas Sarkozy qui s’est fait élire sur le thème de la rupture, n’invoque vraiment le gaullisme que depuis qu’il a entamé, en 2010 son opération « re-présidentialisation ». Mais la vénération quasi divine du général dépasse les deux favoris. Marine le Pen qui n’a pas les obsessions vichystes et « Algérie-françaises » de son père, évoque souvent le Général. Jean-Luc Mélenchon, lui-même, au-delà du Conseil National de la résistance qu’il cite abondamment, reprend des expressions et un phrasé gaulliens. Parfois à la tribune, on dirait Henri Tisot, l’imitateur attitré de Gaulle de son vivant. Cette bigoterie gaulliste, cette nostalgie n’est pas spécialement faite pour favoriser une campagne ancrée dans les préoccupations du moment. Les indices d’insatisfaction des électeurs se multiplient…Mais bon, de Russie, ça reste une campagne, une vraie campagne avec des choix et au moins… encore quelques incertitudes. Ce n’est pas si mal.

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