l'enregistrement réalisé par patrick buisson d'une réunion à l'élysée est authentique
l'enregistrement réalisé par patrick buisson d'une réunion à l'élysée est authentique © reuters

Ce matin, l’incroyable feuilleton de la trahison de Patrick Buisson ! Le conseiller de Nicolas Sarkozy a enregistré une centaine d’heures de conversations avec le président et son entourage. Le Canard Enchainé et le site Atlantico, ont mis la main sur ces enregistrements.

Il parait que Nicolas Sarkozy est un fan de la série House of Cards, il a bien raison. On s’aperçoit que son univers Elyséen n’avait rien à envier à la noirceur et au cynisme de celui de Kevin Spacey.

Mais au-delà du caractère rocambolesque de cette affaire, on peut déjà tirer une leçon sur les rapports ambigus, fourbes, profondément malsains qu’entretiennent communication et politique. Nicolas Sarkozy s’est donc fait avoir. Il a subit un grave abus de confiance, certes, seulement la plus grosse arnaque dans cette affaire ne vient pas du dictaphone espion, mais bien de l’ambigüité de départ de la relation entre le Président de la République et un personnage tel que Patrick Buisson.

Cette ambigüité est le fait du Président et du conseiller. En utilisant l’arsenal du conseiller en communication (sondages, études d’opinion, conseil de styles, de vocabulaire, d’attitudes), en les facturant pour le compte de son entreprise, dite de communication…

Patrick Buisson faisait croire qu’il agissait donc en communicant. Le rôle d’un communicant, c’est de valoriser les qualités de son client, de le conseiller sur sa façon de s’exprimer, éventuellement sur les thèmes à aborder en priorité, pourquoi pas même sur le casting de ses équipes…

Alors qu’à l’évidence Patrick Buisson n’était pas au cœur du pouvoir pour la réussite de Nicolas Sarkozy (qui le payait largement aux frais du contribuable) mais bien pour avancer ses propres idées. Patrick Buisson n’était pas un Séguéla ou un Goudard mais une sorte d’incubateur de la pensée néo-maurassienne. On pouvait s’en douter fortement (c’était d’ailleurs l’avis de nombreux sarkozystes agacés comme Nathalie Kosciusko-Morizet, par exemple), c’est maintenant une certitude puisque nous avons la preuve que ce journaliste de Minute, historien d’extrême-droite a piégé, et dans les grandes largeurs, l’ancien Président de la République !

Mais mis à part le piège, un Président a bien le droit d’avoir un conseiller marqué politiquement, et qui défend ses idées. Nicolas Sarkozy savait à qui il avait affaire !

Bien sûr, mais les services que fournissait Buisson au Président s’élaboraient sur la base d’outil de communications. Principalement de sondages. C’est révélateur d’une évolution de la façon de faire de la politique. Comme si, le champ des idées politiques devenaient (en tout cas étaient pour Nicolas Sarkozy) une palette de couleur, un nuancier dans lequel il pouvait piocher indifféremment au gré des sondages.

Buisson n’était pas auprés de Nicolas Sarkozy pour l’aider à choisir la couleur de sa cravate. Il n’était pas là non plus pour tenter de le convaincre, que ses idées politiques étaient les meilleures.

Non, il voulait, à travers toutes une série d’études d’opinion persuader le Président que le mieux pour sa réélection, c’était de « droitiser » son discours, de revenir à un langage « France-éternelle », « France des cathédrales ». L’idéologie, l’opinion politique, la conviction profonde ravalées au rang d’outil de communication. Voila bien le piège (le plus pernicieux qu’un micro caché) dans lequel était tombé Nicolas Sarkozy. Ce piège était visible, devant lui, et Nicolas Sarkozy y a sauté à pieds joints, tout à fait sciemment.

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