Ce matin, l’enquête CEVIPOF annuelle, intitulée ‘En quoi, en qui, les Français ont-ils confiance ?’

En pas grand-chose et pas grand monde… le résultat ne vous surprendra pas ! Cette enquête est déprimante, nous sommes méfiants, las et moroses… dans cet ordre-là… les enquêteurs proposaient 6 états (3 négatifs, trois positifs), ce sont les négatifs qui apparaissent en tête : méfiance, lassitude, morosité. Le CEVIPOF a posé (nouveauté cette année) les mêmes questions aux Allemands et aux Britanniques… qui placent, eux, les trois états positifs (sérénité, bien-être et confiance) largement en tête ! Que nous arrive-t-il ? Voyez par exemple cette affirmation proposée : ‘on peut faire confiance à la plupart des gens…’ Seuls 33% des Français, mais 46% des Anglais et des Allemands, le pensent … Dans ce genre d’enquête, on note souvent ce paradoxe : une déprime française pour l’état de la société et une vision plutôt positive pour sa propre vie…      

Est-ce le cas, là aussi ?

Oui, d’ailleurs le seul chiffre en hausse (et c’est encourageant) est celui qui a trait à l’émancipation personnelle, à la confiance dans sa capacité à choisir sa vie. Mais avec deux assertions très éclairantes, proposées aux sondés, on retombe dans une méfiance globale plombante… je cite : ‘la plupart des gens cherchent à tirer profit de vous’: 35%... des Français sont d’accord avec cette vision méfiante les concernant personnellement … C’est le même chiffre pour nos voisins d’outre-Rhin et d’outre-Manche. Mais si l’on affirme ceci : ‘la plupart des gens cherchent à tirer profit les uns des autres’, alors ce sont 62% des Français qui sont d’accord avec cette idée… 20 points de plus que nos voisins ! Donc l’idée qu’on ne peut pas faire confiance aux autres et à la société ne vient pas d’une expérience personnelle mais d’une perception négative de l’ensemble de la société. La défiance française n’est pas neuve… elle ne cesse d’interroger, alors que nous sommes censés être le pays de l’art de vivre, avoir parmi les meilleurs services publics du monde, un système de solidarité et de redistribution généreux. C’est peut-être parce que ce système semble unique, fragile et menacé que se développe une angoisse particulière et nationale… Ces chiffres, ces noires perceptions, doivent nous interroger, nous journalistes, chargés de donner le monde et la France à voir à nos concitoyens. Mais une question politique se pose, parce que ce serait un peu court d’invoquer un caractère national méfiant et individualiste : quid de nos institutions? Ne développent-elle pas une ambiance de méfiance générale... faites pour l’affrontement des blocs, pour valoriser le tout ou rien, la personnalisation, la polarisation des avis et la centralisation de la décision…le tout au détriment du compromis. Pour ne pas désespérer totalement, il faut parler aux animateurs, par exemple, de la Conférence citoyenne sur le climat, des Français tirés au sort, qui se tient en ce moment. Ils décrivent des Français, au tout début des travaux, presque par réflexe, méfiants, cyniques, sceptiques et finalement, au cours des séances, des Français qui s’avèrent, en réalité, investis, généreux, positifs… Allez ne désespérons pas des Gaulois.

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