Vous revenez sur un propos de Pierre Nora, hier à ce micro… à propos des commémorations de 2021 !

Oui Pierre Nora, à votre question : 2021, doit-on commémorer Napoléon ou/et la Commune de Paris ? a répondu ceci : ‘Napoléon oui ! LaCommune non !’ Nombre de nos auditeurs ont dû déglutir de travers leur café matinal. Alors, c’est vrai, la France ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui (sa structure étatique, son organisation administrative, territoriale, judiciaire ou même universitaire) si Napoléon n’avait pas existé. Si la Commune n’avait pas eu lieu, en revanche… la France d’aujourd’hui serait sans doute peu ou prou la même. Pour un historien républicain modéré de l’âge de Pierre Nora, la Commune est donc un épiphénomène tragique qui fait partie de l’imaginaire marxiste mythifié à travers le monde… ou la dernière des révoltes d’un peuple parisien, d’ouvriers d’ateliers, de petits patrons artisans, donc d’un monde qui disparaissait. Mais le statut de la Commune a beaucoup évolué pour les historiens d’aujourd’hui. Elle est regardée sous un jour beaucoup plus favorable et même avant-gardiste ; comme une expérience visionnaire de république sociale, une fièvre expérimentale entre proudhoniens anarchistes, jacobins centralisateurs, internationalistes humanistes… Le communalisme (donc la démocratie directe et de proximité), le féminisme (avec Louise Michèle) étaient des éléments précurseurs des combats des deux siècles à venir. En réalité le hasard du calendrier met face à face deux éléments forts de l’imaginaire français : Napoléon et la Commune. Deux romantismes patriotiques. 

Des romantismes patriotiques ? 

Oui, l’un conquérant, expansionniste et glorieux mais aussi avec son lot de massacres à travers l’Europe : l’Empire napoléonien. C’est un souvenir assez pratique parce qu’il est aisé de trier le bon grain de l’ivraie. Le bon grain : les acquis révolutionnaires, la structuration de l’Etat, l‘épopée, le génie militaire… L’ivraie : le rétablissement de l’esclavage, les massacres en Espagne ou ailleurs, la folie des grandeurs meurtrières, l’étouffement des libertés. La Commune, en revanche, c’est d’abord le refus de la soumission et de la défaite contre la Prusse, donc la résistance populaire vs la soumission des élites. Puis c’est l’expérience socialiste, libertaire et républicaine à la fois… bref le chaos. Avec ses excès : le Père Duchêne, les otages… mais surtout ses belles utopies, l’âme universaliste du peuple de Paris, émancipateur. Pour comprendre la place des communards, ces vaincus magnifiques, minoritaires et massacrés, dans l’imaginaire de la gauche (et au-delà), il faut lire Victor Hugo, sa désapprobation bienveillante et compréhensive. En particulier son poème (Viro Major), hommage à Louise Michèle qu’il admirait et protégeait… Hugo parle du peuple sur sa croix. Pourtant ce sont les généraux de l’Empire et non les Courbet, Delescluze, Vallés, Clément et autre Flourens, figures communardes, qui ont donné leurs noms aux grandes avenues parisiennes. Le ‘Napoléon Oui, la Commune Non’, de Pierre Nora sera sans doute aussi le réflexe mémoriel d’Emmanuel Macron. Ce qui, finalement, ne devrait pas nuire au prestige de la Commune qui tient aussi à son caractère libertaire et pestiféré de la mémoire officielle.  

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