Nicolas Sarkozy est allé en personne hier, récupérer au Tchad les 4 hôtesses de l'air espagnoles et les 3 journalistes français libérés par la justice tchadienne, une façon de se mettre en avant pas franchement nouvelle de la part du chef de l'état. Nicolas Sarkozy ou le syndrôme de la cigogne, qui ramène au bercail au bout de son long bec, un à un ses enfants : 4 hôtesses de l'air déposées à Madrid hier soir et puis nouveau saut de puce de l'airbus présidentiel, dans la nuit les 3 journalistes français arrivaient à Paris. Il y a quelques mois, même avion, même tarmac, même mission, c'était alors son double Cécilia qui ramenait chez elles les infirmières bulgares. Est-on en train de se moquer d'une telle libération ? Non bien sûr, chacun se réjouit de voir nos confrères et notre consoeur libérés. Il y a moins d'une semaine à l'Elysée, personne ne souhaitait voir leur sort dissocié de celui des membres de l'association l'Arche de Zoé. Nicolas Sarkozy en personne s'étonnait qu'on puisse les distinguer des autres inculpés. Le président a changé d'avis, faisant de leur libération une priorité, tant mieux. Bonheur donc de les voir libres, est-on obligés pour autant de mettre bas son chapeau pour saluer le coup d'éclat de Sarko Zorro ? Pas forcément quand même. La diplomatie à grand spectacle, la "diplomatie de l'airbus" s'amuse ce matin un de nos confrères, pose quelques questions, notamment celle de son intérêt. Car sincèrement, une fois la libération des journalistes acquise, et personne ne doute que le président français s'est finalement personnellement impliqué dans ce dossier pour l'obtenir, pour quelle raison Nicolas Sarkozy a-t-il fait en personne cet aller/retour express au Tchad ? "C'est son tempérament. Quand il s'intéresse à une histoire, il s'implique" s'est extasié hier soir son zélé ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner. Enfin, zélé dans la louange, quoique fort discret dans l'action, puisque dans ce dossier c'est bien la première fois qu'on l'entendait. C'est peut-être son tempérament, c'est sans doute son intérêt a-t-on envie de compléter. Intérêt diplomatique, pas question pour le chef de l'état français de voir débouler sur la scène tchadienne le général Kaddhafi qui venait opportunément de proposer ses services de médiateur, une intervention qui aurait par trop rappelé l'affaire Claustre vieille de 30 ans, tellement synonyme de Françafrique. Intérêt diplomatique aussi d'aller personnellement rappeler au président tchadien réticent, ses engagements en faveur de l'Eufor, cette force européenne d'inspiration française, censée se déployer au Tchad et en RCA d'ici un mois. Intérêt préventif peut-être, en rappelant sur place le souhait de voir les autres ressortissants français "plutôt jugés en France". Nicolas Sarkozy espère maintenir la pression sur son homologue tchadien. Intérêt personnel enfin sans doute. Car ce n'est pas faire injure à Nicolas Sarkozy que de souligner qu'il possède à nul autre pareil, un sens aigu de la communication, et du "timing", passez-moi l'anglicisme. Le timing, c'est que demain, le président fête ses 6 mois à l'Elysée. 6 mai/6 novembre, et un climat qui se tend en France. Nicolas Sarkozy reste populaire, mais l'opinion publique est désormais sceptique quant à sa capacité de changer les choses et d'améliorer son quotidien. Les partenaires sociaux eux, après une longue période d'hypnose semblent prêts à remobiliser leurs troupes, la preuve, les annonces de grève à répétition à partir de la semaine prochaine. Alors, Sarko la cigogne, Sarko Zorro, la photo ce matin est à la Une de la presse. Et on ne peut s'empêcher de penser qu'elle tombe bien cette photo. On appelle ça de la persistance rétinienne. Chaque jour, une photo pour en faire oublier d'autres, une photo pour en zapper d'autres.

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