L’affaire de Sivens illustre ce que certains sociologues ou géographes appellent : « les fractures françaises ».

Oui, il y avait autour de la table, hier soir, des élus locaux, des syndicalistes agricoles, des représentants d’associations écologistes, et la ministre de l’Ecologie qui s’employait à rapprocher des points de vues radicalement opposés… Les uns défendaient leur mode de vie et un projet de retenue d’eau relativement modeste pour irriguer leur exploitation de tailles… relativement modeste. Ils ne représentaient pas une agriculture extensive et productiviste. Ils étaient dans leur droit, dans la légalité et incarnaient même la légitimité démocratique. Les autres s’opposaient à un barrage sur dimensionné, autorisé en contradiction avec le discours officiel de tous les décideurs nationaux et locaux, selon lequel il faut maintenant commencer à penser la croissance autrement. Deux logiques, locales et globales s’affrontent peut être même philosophiquement …Et pourtant les acteurs de ce débat sont à peu près tous issu du même parti politique. Ils sont presque tous socialistes, les membres du conseil général qui veulent poursuivre les travaux, les ministres qui, au fond auraient préféré que ces travaux n’aient jamais commencé… ou ils sont écologiste, c'est-à-dire apparentant encore à la même majorité politique. Preuve, une fois de plus, que notre système de représentation et notre cadre partisan est maintenant largement inadapté aux questions qui se posent concrètement à notre société.

Les élus locaux, les agriculteurs de la vallée se sentent dépossédés.

Oui, ils sont abasourdis et choqués par l’ampleur de la tempête politique et médiatique déclenchée pour des travaux sur une trentaine d’hectares. Ils disent (et c’est comme ça qu’ils le ressentent) que l’opposition au barrage est le fait d’intellectuels parisiens déconnectés. C’est le grand malentendu de ce qu’il est convenu d’appeler « les fractures françaises ». Parce que l’argument pourrait être aisément renversé. Il serait tout aussi pertinent. Il suffisait d’ailleurs d’ouvrir la page débat du Monde hier pour comprendre que l’image d’un pays divisé entre citadins hors sol et bienpensants, d’un côté et bons agriculteur, les pieds sur terre, de l’autre, est une construction idéologique de ceux qui (à droite comme à gauche) regrettent la lutte des classes et veulent recréer des fractures artificielles. Dans ces pages débats du Monde, donc, il y avait une tribune de Pierre Rabi, qui rendait hommage à Rémi Fraisse. Pierre Rabi, terrien concret et écologiste est le contraire d’un bobo Parisien déconnecté. Et, sur la même page, un article de Pascal Brukner qui dénonçait la « tyrannie des écologistes ». Pascal Brukner, intellectuel parisien et même germanopratin s’il en est ! Notre société d’affrontement et de conflit n’est décidément pas adaptée aux débats nécessaires au monde qui vient. Un monde où il faudrait arriver à appliquer la célèbre formule inventé par le biologiste et médecin René Dubos, en 1972 : « penser global, agir local».

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