Immigration, Islam et laïcité : la gauche déboussolée. La gauche se déchire sur ces questions... d’ailleurs sur le fait même de les lier.

Faut-il –si l’on est de gauche- soutenir la manifestation du 10 novembre contre l’islamophobie sans s’être entendu sur cette notion (‘islamophobie’) souvent utilisée pour dénoncer l’un des fondements de la gauche : le combat de la raison contre l’abus des religions ? Faut-il, pour ces motifs, alors qu’il y a une libération de l’expression de la haine anti-musulmans, ne pas manifester ? Tempête sous les crânes. 

Les esprits de gauche sont tiraillés entre la défense du faible (immigré de fraîche date ou Français musulman ségrégué même après trois générations) et l’opposition à l’expression réactionnaire d’une partie (très minoritaire mais bruyante et menaçante) de ces deux populations victimes, via l’islamisme. 

Il était plus facile de s’opposer, au début du XXème, à la religion de ses propres parents, le catholicisme des dominants qui refusaient la République et le progrès. C’est vrai qu’une partie de la gauche d'aujourd’hui s’accommode bien des dérives islamistes qui n’ont rien à envier à ce que l’on appelait avant-guerre, le Parti catholique.

La gauche était-elle vraiment plus unie à ce moment-là sur ces sujets ? 

Non... pas du tout, malgré une musique très entonnée en ce moment sur le thème ‘la gauche c’était mieux avant !’ Hier, dans le Figaro, Jacques Julliard, ancien combattant de cette gauche fantasmée, disait, je cite ‘Si Ferry, Clemenceau, Jaurès, Blum, Mendès revenaient, ils n’en croiraient pas leurs oreilles’

En réalité, ces icônes, avec des positions hétéroclites, s’écharpaient déjà sur ces thèmes à la sauce de leur époque. Clémenceau l’anticolonialiste humaniste détestait Ferry pro colonisation émancipatrice. Clémenceau le républicain laïcard et Jaurès le socialiste s’opposaient sur le rapport  république/religion. 

Et que dire de Guesde et Jaurès sur l’affaire Dreyfus ou sur la notion même de République ? Définir  la République a toujours été source de conflit à gauche. 

Quant à Blum et Mendès évoqués par Julliard, qu’auraient-ils dit sur l’islamophobie, sur les ghettos, le voile ? Répondre à ces questions si XXIème siècle... serait aussi anachronique que de se demander si Blum et Mendès auraient été Facebook ou Tweeter

Julliard lui-même, avant d’être l’un des animateurs des pages débats du Figaro d’où il pleure sa gauche perdue, s’opposait durement à un autre nostalgique sur le contenu de la République : Régis Debray. Julliard, alors rocardien démocrate contre Debray, chevènementiste Républicain. La gauche, en réalité, est souvent au cœur de contradictions inextricables. Et c’est normal quand on veut changer le cours des choses, que l’on croit au progrès humain et à l’émancipation, on est toujours tiraillé entre liberté et normes protectrices. 

Jean-Luc Mélenchon, qui disait du voile, en 2010, ‘on ne peut pas se dire féministe en affichant un signe de soumission patriarcale’, est-il cohérent en annonçant qu’il va manifester le 10 décembre ? Répondre péremptoirement à cette question serait prétendre détenir un vrai morceau de la vraie croix républicaine ou de gauche. Stratégie à part, la gauche est éternellement divisée sur ces sujets. 

Souvent sincèrement... et souvent même au sein d’une même personne. 

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