Tous les démocrates (au sens partisans de la démocratie libérale) espéraient non pas seulement une victoire de Joe Biden mais le premier signe tangible du reflux de la vague mondiale de populisme. Ce n’est donc pas la fin du populisme.

Marine Le Pen
Marine Le Pen © AFP / Arthur Nicholas Orchard / Hans Lucas

Depuis le XIXe siècle, nous avons l’habitude de passer par des moments populistes aux effets plus ou moins dramatiques. La date du pic de celui que nous vivons aurait pu être ce 3 novembre… Ce n’est pas le cas et le fait que dans la plus grande démocratie, le président sortant puisse se proclamer vainqueur, malgré les chiffres qui disent le contraire, et surtout annoncer, dès le début du décompte, qu’il conteste le résultat si la victoire ne lui est pas attribuée, est une transgression antidémocratique hallucinante. 

Les démocrates dits illébéraux ne respectent pas les corps intermédiaires, la presse, malmènent la justice, étouffent tout ce qui fait la vie démocratie entre chaque élection. Ils se prévalent du vote populaire pour ce faire. Pour un démocrate illibéral, seule les élections comptent, pas ce qui fait la substance démocratique quotidienne. En contestant le résultat de l’élection, Donald Trump ne respecte même plus le vote populaire. On est donc en deçà de la démocratie illibérale… 

Quatre ans de transgression de tous les us et coutumes, de toutes les conventions démocratiques à l’intérieur et diplomatiques à l’extérieur, n’ont pas dégouté ses électeurs. Au contraire, malgré sa probable défaite, Donald Trump aura eu en 2020 plus d’électeurs qu’en 2016. Généralement, on se réjouit d’une forte participation. On y voit une vitalité démocratique. Mais cette fois-ci, c’est une participation de polarisation haineuse, une dynamique de rejet, d’exécration du camp adverse, qui pousse les citoyens aux urnes. 

Le populisme, donc, même si Biden gagne, se porte très bien.

On est tenté de faire un parallèle pour la France. Marine Le Pen peut-elle se réjouir ?

Elle peut encore se dire que le moment populiste n’est pas toujours pas passé par la France, qu’il est pour 2022. Mais c’est compliqué de faire un parallèle certain entre la France et les Etats-Unis… parce que le carburant du populisme à la Trump ou Bolsonaro, c’est la transgression anti-étatique

Trump est populaire de ne rien respecter des conventions de Washington. Il dénonce le "deep-state", "l’Etat profond". Ses électeurs du centre de l’Amérique détestent avant tout Washington et ne demande rien à l’Etat… 

En France, c’est le contraire : les électeurs de Marine le Pen n’aiment pas ceux qui sont à la tête de l’Etat mais demandent, à tout point de vue, un Etat plus présent, plus interventionniste. Dès lors,  une attitude déplacée, qui ne respecte pas les codes de la bienséance présidentielle, est contreproductive (Marine Le Pen en sait quelque chose depuis son catastrophique débat de l’entre-deux-tours). 

Le Trumpisme n’est donc pas transposable tel quel chez nous. 

Et puis, malgré tout, Trump est en passe de perdre. Il est donc difficile de tirer de ce qui se passe outre-Atlantique des lignes claires pour l’état du populisme en France

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