Ce matin vous vous interrogez sur le débat intellectuel en France qui devient hystérique…

Oui, la France est un pays dans lequel les débats politiques et intellectuels sont intimement liés. Ils s’appuient l’un sur l’autre. Trois composantes concourent à produire ce débat dont la richesse nous a longtemps été enviée à l’étranger : les politiques, la presse et, pour donner de la hauteur et conceptualiser, les intellectuels. Mais, en lisant –dans le dernier Marianne- cette phrase de JF.Kahn qui a été les trois (journaliste, homme politique, puis intellectuel), la folie du débat actuel saute aux yeux : suivez bien, je cite «peut-on ne pas adhérer à la doxa identitaro-libérale véhiculée par certains médias sans être rejeté dans l’enfer du néo-bolchévisme ? Peut-on se différencier de l’autre orthodoxie mondialisto-libertaire (…) sans être accusé de dérivent lepenisante ? »… vous n’avez tout compris__ ? Normal, le monde intellectuel se mord la queue, se répond à lui-même, il se shadokise, devient absurde et paranoïaque ! Aujourd’hui s’ajoutent les réseaux sociaux qui couvrent, par leur brouhaha permanent, les voix censément réfléchies des universitaires et écrivains engagés. Dans ce brouhaha, certains intellectuels haussent la voix et transgressent, comme des politiciens qui tentent de se faire remarquer.

Les hebdos, Libé ce matin, multiplient les Unes sur les intellectuels plutôt que sur les politiques.

Oui, c’est naturel, en ces temps de trouble idéologique, de confusion généralisée, on se tourne vers ceux qui pensent au calme. Mais ce qui surnage, dans ce maelström médiatique (d’Internet et du-tout info), ce sont les intellectuels qui cassent les tabous, renversent les idoles, prennent le contre-pied de tout. Ça aboutit à des positions étrangement inversées, qui semblent autant le fruit de névroses personnelles que de réflexions universitaires. Ainsi, Alain Finkielkraut en arrive à être plus inquiet des effets du slogan « pas d’amalgame », s’agissant des musulmans et du terrorisme, que du risque d’amalgame terroriste/musulman. Le philosophe craint plus l’antiracisme que le racisme ! De l’autre côté de l’échiquier intellectuel, Emmanuel Todd présente les manifestants du 11 janvier comme des « cathos-zombies » plus dangereux pour la société que le conspirationnisme d’une partie de la jeunesse qui pense encore que le 7 janvier est une manipulation ou une revanche presque méritée contre un journal islamophobe. C’est à ne plus rien y comprendre. Si vous critiquez ces positions, vous êtes censeurs, étouffeurs de débats, bien-pensants. Ces intellectuels ont tous la particularité de se sentir persécutés parce qu’ils sont questionnés par Le Monde ouLibé . Au comble de l’absurdité, certains journalistes leur emboitent le pas en organisant à la Mutualité un meeting pour défendre le droit de penser. Meeting qui ne se fera d’ailleurs pas, ou alors sans quasiment aucun de ces intellectuels, qui ne veulent pas apparaître ensemble tant ils se détestent tous. Il devient urgent de dénicher des sages, des intellectuels que l’on ne connaît pas encore. Nous avons besoin d’être éclairés sur la meilleure façon de retrouver le goût de vivre ensemble dans un monde ouvert. On parle souvent du besoin de renouvellement des politiques. On a aussi furieusement besoin d’un renouvellement des intellectuels.

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