Au lendemain de son premier vrai discours de campagne, Thomas Legrand s'interroge sur un mot souvent utilisé par Emmanuel Macron : le mot « disruptif »…

Emmanuel Macron.
Emmanuel Macron. © Maxppp / PHOTOPQR/LE DAUPHINE

Oui, si vous voulez avoir l’air dans le coup, en ce moment utilisez cet adjectif, dites que votre idée est disruptive, ou le verbe, dites que vous voulez disrupter le système… Alors qu’est-ce que ça veut dire ? (ce n’est pas le tout d’être dans le vent). Ce mot, de la novlangue entrepreneuriale, vient de la Silicone Valley. Une innovation disruptive est une innovation de rupture, c’est-à-dire qui casse les codes du domaine dans lequel elle innove. AirBnB disrupte l’hôtellerie, Huber disrupte les taxis, les réseaux sociaux disruptent les médias… Ce sont des innovations qui ne procèdent pas de l’optimisation de ce qui existe déjà mais qui impliquent, du fait d’un saut technologique très important (la numérisation par exemple), qui implique un changement de nature totale du marché. La disruption, on le comprend, en économie est source de grands bouleversements, des grands désordres et aussi de grandes opportunités. Huber met en danger toute une profession mais permet à toute une population qui n’avait pas l’idée de prendre un taxi, de se déplacer ainsi. AirBandB détruit l’hôtellerie mais permet à toute une population qui n’avait pas l’habitude d’aller à l’hôtel de voyager en se logeant bien…

Et donc, Emmanuel Macron veut disrupter la présidentielle de 2017…

Eh oui, il se dit disruptif … déjà parce que son irruption dans le monde politique apparaît comme une innovation qui ringardiserait les vieux briscards… Mais il ne suffit pas de se vouloir disruptif et pour l’instant, sa façon d’être en marche vers le pouvoir ne casse franchement pas les codes. Bien sûr, il se présente hors les appareils habituels mais il crée son propre appareil qui devra bien passer, pour atteindre les manettes de l’Etat, par les élections présidentielles et législatives, comme les autres. Il fait des discours, des selfies, ses militants du porte à porte, et ses solutions, évoquées hier à Strasbourg pour réveiller une démocratie déprimée, si elles sont intéressantes (et pour certaines novatrices), ne constituent pas non plus (la proportionnelle, par exemple) une disruption. Il ne suffit pas d’introduire le numérique et une dose de tirage au sort, d'horizontalité, pour être le Huber de la politique qui fera passer Hollande, Juppé ou Sarkozy pour de vieux chauffeurs de taxi râleurs avec lesquels plus personne ne veut plus voyager. Pour être disruptif, il faudrait au moins qu’Emmanuel Macron arrive (c’est son ambition) à entrainer dans l’engagement politique toute une population qui se détournait de la chose publique. Mais attention, l’un des aspects de la disruption c’est que les bouleversements entraînés sont insoupçonnés. Ainsi, l’inventeur du phonogramme (invention disruptive s’il en est) pensait que la principale application de son engin serait de conserver la voix des morts ! Il n’avait pas perçu que ça allait surtout révolutionner la musique. Si Macron se prétend disruptif… alors il ne sait pas ce que ses innovations institutionnelles, notamment, (puisque c’était le sujet du discours de Strasbourg) donneront. Pas sûr que le mot disruptif, aussi cool soit-il, soit finalement très rassurant dans le domaine politique.

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