Le débat est hystérisé par le mot « bordel » prononcé par le président hier...

Et par l’amendement des députés de la France Insoumise qui veulent retirer le drapeau européen de l’hémicycle. Un amendement qui n’a pas pour but de lancer le débat sur la soumission de nos institutions à l’Union Européenne. Son objet est de faire sortir de leurs gonds les pro-européens et surtout nous, la presse et les commentateurs supposés européistes béats, incorrigibles libre-échangistes. Et oui on est tout ça, par définition, si l’on ne voit pas l’intérêt de retirer le drapeau européen de l’hémicycle de l’Assemblée. L’idée théorisée des députés insoumis est d’utiliser les vrais travers moutonniers de la presse. Ainsi donc, nous devions tous nous étrangler d’indignation. Nous devions qualifier cet amendement de dérive nationaliste indigne… et même pour les plus érudits faire un savant parallèle avec les années 30 ! Nous devions, dans un exercice convenu, rappeler ce poncif éculé et généralement faux selon lequel « les extrêmes se rejoignent ». Nous devions tomber dans ce panneau. Voilà la ruse : à chaque fois que cette similitude (FI/FN) est établie, cela permet à Jean-Luc Mélenchon de dénoncer le simplisme d'une analyse à charge, la cabale journalistique à l'encontre des Insoumis. Mais là, la ruse a trop bien marché parce que c’est le FN lui-même qui se dit prêt à voter l’amendement des Insoumis.

La technique qui consiste à hystériser le débat public n’est pas nouvelle…

Non, elle est vieille comme le débat. Le spécialiste toutes catégories pour envoyer des quartiers de viande « clivante » au monstre médiatique, c’était Nicolas Sarkozy (surtout avant 2007 dans sa phase de conquête du pouvoir). Il se vantait de mener l’agenda des débats publics en imposant des sujets polémiques et en prenant soin de choquer quasi quotidiennement. Tout s’organisait donc autour de lui et des thèmes qu’il choisissait. Mais la technique n’a plus tout à fait les mêmes effets. On le voit aujourd’hui avec Laurent Wauquiez qui s’y essaie. L’effet s’émousse. En réalité plus personne n’est choqué par ses prises de position volontairement provocatrices et auto-étiquetées « antisystème ». La demande de retirer le drapeau européen de l’hémicycle procède donc ce cette même vieille tactique épuisée. On tombe de moins en moins dans le piège, on ne se choque pas de ce qui est plus ridicule qu’indigne. Ce matin la phrase qui choque et indigne n’a pas été maitrisée ni anticipée par celui qui l’a prononcée. C’est bien sûr la phrase d’Emmanuel Macron, prononcée hier à Aigleton à propos d’une fonderie qui cherche à recruter : « certains -disait-il- au lieu de foutre le bordel, feraient mieux d'aller regarder s'ils ne peuvent pas avoir des postes là-bas ». Là, bien sûr, il ne s’agit pas d’une tactique d’hystérisation, il s’agit, dans la bouche du Président qui devrait, au contraire apaiser et élever, d’un propos mal maitrisé et surtout, dont la spontanéité (comme le « casse toi pauv’con » de Nicolas Sarkozy) est révélatrice aux dépens de celui qui la prononce. Il en va ainsi du débat politique chez-nous, hystérique et finalement jamais vraiment maitrisé. De ce point de vue-là, ni Jean-Luc Mélenchon, ni Emmanuel Macron n’auront su renouveler la politique !

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