Hier, vous disiez du bien de la 5ème ... aujourd’hui, vous pointez l’un de ses défauts...

Et il y en a ! Même si, à tout prendre, la 5èmeest précieuse dans le monde instable tel qu’il évolue ! Le défaut clé, c’est la personnalisation que génère le mode d’élection présidentielle. En réalité, la vraie 5ème République est née en 1962... Quand le Général de Gaulle, profitant de la crainte du chaos qu’avait provoqué l’attentat du Petit-Clamart contre sa personne, décidait de proposer au pays de faire élire le président au suffrage direct. Le texte original de 58 stipulait (et c’est d’ailleurs comme ça que de Gaulle s’est fait élire en janvier 1959) …stipulait que le président était désigné par un collège de  80.000 élus locaux. Après l’attentat, le Général expliquait aux Français qu’il pouvait disparaître d’un jour à l’autre et que son successeur n’aurait, pas comme lui, la légitimité conférée par l’histoire du fait d’avoir déjà sauvé le pays par deux fois ! Il lui faudrait donc –pour obtenir une autorité comparable à la sienne- l’onction populaire du suffrage direct. Contre l’avis de la quasi-totalité de la classe politique, du Sénat... (qui avaient le souvenir de Napoléon III et de Mac-Mahon) mais aussi contre l’avis des Conseils d’Etat et Constitutionnel, de Gaulle a utilisé la procédure référendaire (qui ne prévoyait pourtant pas ce cas de consultation) pour faire approuver par le peuple le principe de l’élection du président au suffrage universel direct.

Principe qui n’est plus remis en cause par grand monde. 

Par LFI, mais dans le cadre d’une 6ème République. Cette élection est maintenant ancrée dans nos mœurs, elle est devenue le moment clef, le moment le plus animé et romanesque de notre vie politique. En réalité, elle est corrosive pour la teneur de nos débats ! Elle est faite –c’est mécanique- pour choisir un homme (ou une femme) plus que des idées ou un programme. Il faut passer au 1er tour de 20%, 25%, à plus de 50% au 2nd tour, donc en deux semaines, sans faire aucun accord politique, principalement en s’affirmant l’homme idoine et en prétendant que l’autre finaliste est un danger quasi mortel pour le pays. C’est une machine à créer des hommes providentiels et autant de désillusions, de plus en plus rapide. Le vainqueur est un homme qui présidera, sans avoir besoin de débattre, de confronter ses idées et ses solutions avec quiconque. En cela, l’élection d’Emmanuel Macron fut la plus «5ème République», la plus désidéologisée, la plus personnaliste (après celle du Général de Gaulle pour de toutes autres raisons historiques). La solitude actuelle du chef de l’Etat, le sentiment que tout (le pire ou le meilleur) peut arriver puisque tout ne procède que de décisions et d’attitudes de lui seul, marquent, teintent et orientent l’ensemble de notre vie politique. La stabilité nécessaire à notre démocratie que confère la 5ème se paie chère en immaturité démocratique. La faute en revient clairement au mode de désignation plébiscitaire du président !

On vous retrouve à 8H50 pour vos bobinos

Oui, justement, avec ce matin Pierre Mendes-France, qui prouve que, contrairement à ce qu’affirmait le président hier : on peut avoir de profondes préventions contre la 5ème et quand même aimer l’Etat 

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