Dépossédé de son empire, notre héros surprend, intrigue, toujours présent là où on ne l'attend pas. On le croit abattu ; il se révèle débordant d'énergie. On l'imagine seul, errant à l'abandon ; il renait dans le silence et l'absence. Car il veut vivre et dévore à grand pas son maigre territoire, se redresse fièrement face à cette France qui le renie. Il ranime le feu qui depuis toujours le brûle, pour opérer en secret sa dernière métamorphose." Auteur de cette prose, Dominique de Villepin dans "Les 100 jours ou l'esprit de sacrifice". L'objet de sa prose : Napoléon. Napoléon en exil sur l'ile d'Elbe qui fait le pari fou de son retour. Mais n'écrit-on jamais que sur soi-même ? Etrange miroir. L'auteur forcément se regarde dans ces quelques lignes et se mire dans ce destin. Dominique de Villepin débarqué du pouvoir, mis à l'index de la république sarkozyenne, poursuivi par la justice. Dominique de Villepin qui après 100 jours d'absence, revient pour se faire le plus violent procureur de celui à qui il a dû laisser le pouvoir, la mort dans l'âme et qui fait lui aussi, d'une certaine façon le pari fou de son retour. Défait, physiquement défait cet été, lorsque la convocation des juges le pousse à écourter ses vacances en Polynésie, l'ex premier ministre retrouve aujourd'hui de sa superbe. Et depuis une dizaine de jours, à l'occasion de la sortie de sa deuxième oeuvre sur Napoléon, des propos d'une violence inouie contre le président et le gouvernement. Tout y passe. L'état de grâce c'est bien, mais maintenant on attend des résultats prévient-il. Attention à l'esprit de courtisanerie. La médiatisation des collaborateurs de l'Elysée : l'expression politique incombe aux seuls responsables politiques tranche l'ex secrétaire général de l'Elysée. Mais c'est évidemment l'affaire Clearstream qui provoque ses attaques les plus virulentes : victime outragée dit-il, victime d'un procès d'intention politique, il réclame dans une lettre envoyée aux juges que les conditions d'un état de droit soient réunies, dénonce un président de la république, partie civile, en même temps que président du conseil supérieur de la magistrature, en capacité de donner des instructions au parquet et à la chancellerie. Alors, sa charge de procureur lui obscurcit parfois l'esprit et brouille la vérité de son passé. Pour sa défense, pour marquer sa différence avec "ces gens-là", Dominique de Villepin affirme par exemple qu'il n'a jamais rien demandé pour lui en politique, jamais réclamé aucun poste. Il oublie un peu vite que c'est lui qui fit le siège du bureau de Jacques Chirac en mai 2005 après l'échec du référendum, pour remplacer Jean-Pierre Raffarin. Convaincu qu'à cette place stratégique, il empêcherait l'irrésistible ascension de Nicolas Sarkozy. Aujourd'hui, dans l'entourage du président, on balaie d'une pichenette ces attaques, qui se voudraient catapultes meurtrières, mais qui retombent telles des boules de coton soufflées dans une sarbacane. "On s'en fiche de ce qu'il dit, il est inaudible... Pfff franchement, ses conseils..." soupire François Fillon. La posture "sabre au clair" de Dominique de Villepin laisse néanmoins interrogateur. Fait-il une fois encore et peut-être une dernière fois la démonstration de sa "dinguerie" se demande un élu de la majorité, ou va-t-il sortir de sa manche une carte qui le blanchirait à jamais dans l'affaire Clearstream, renverserait l'accusation, et lui permettrait d'entamer à son tour le vol de l'Aigle ? Etrange miroir que la prose de monsieur De Villepin.

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