Nicolas Sarkozy et le chômage : retour sur une phrase du Président de la République prononcée en fin de semaine dernière à Sainte-Marguerite dans les Vosges .

Les chiffres du chômage sont mauvais. Il fallait bien une réaction forte. Le Président a donc dit ceci : « On n'y serait pas arrivé en Libye sans ténacité… On mettra la même ténacité sur l'emploi ». Cette comparaison osée fait partie d’une panoplie de communication de crise des plus classiques. C’est la tactique dite du « block and bridge ». On construit un pont, dans l’esprit de l’auditoire qui relit un sujet épineux avec un sujet de satisfaction. Le résultat escompté est de donner de l’espoir à l’auditoire qui peut se dire : « ça va mal, mais nous avons devant nous quelqu’un qui peut résoudre des situations inextricables grâce à une méthode et une qualité qu’on lui reconnaît, la ténacité ». Comme souvent, quand une déclaration est le résultat d’une tactique de communication plutôt qu’un argument rationnel, on assiste à un rabais de la politique. Comparer la ténacité qu’il faut pour combattre le chômage à la volonté acharnée dont il a fallu faire preuve pour en finir avec le régime de Kadhafi, c’est une imposture intellectuelle, un peu comme si on assurait que Teddy Riner ou Christophe Lemaitre pouvaient se servir de leur ténacité et de leurs muscles pour résoudre le théorème de Poincaré. C’est effectivement la ténacité et une succession de bonnes décisions qui ont permis au Président de remporter une victoire dans l’affaire de la Lybie. Tout le monde comprendra que ça n’a absolument rien à voir avec le combat contre le chômage. L’un des problèmes du Président -ce qui explique aussi, sans doute, que malgré ce succès en Lybie, il n’arrive pas à se dépêtrer de son impopularité- est aussi à chercher dans cette propension élyséenne à vouloir toucher rapidement les bénéfices politiques d’une opération réussie, à souligner lourdement et crânement ses succès.

L’opinion est aussi plus sensible aux résultats sur le front du chômage que sur celui de la Lybie !

Bien sûr, et donc la comparaison a quelque chose d’indécent. Cette mise en regard du chômage et de la Lybie par le biais de la ténacité nécessaire signifie aussi que pour régler la question du chômage, il faut être tenace. Là encore, c’est un rabais de la politique. L’efficacité de la lutte contre le chômage relève moins de la volonté ou de la ténacité que de choix politiques. Personne ne peut affirmer que l’échec successif de tant de gouvernements sur le front de l’emploi est le résultat d’un manque de volonté ! Tous les présidents depuis Valéry Giscard d’Estaing, tous les premier ministres depuis Raymond Barre on répété que leur première priorité c’était l’emploi, rien que l’emploi ! La volonté et la ténacité sont là, depuis plus de 30 ans sur ces questions, le chômage est toujours le premier problème des Français, parfois jusqu’au désespoir… On se souvient du désastreux « on a tout essayé » de François Mitterrand. Ce qui manque, ce sont bien des solutions politiques. On assiste d’ailleurs au grand retour des emplois aidés qui avaient marché autour des années 2000. Emplois aidés tant décriés pendant la campagne de 2007. Xavier Bertrand, le ministre travail en a promis 20.000 d’ici la fin de l’année. Finalement, à l’inverse de sa comparaison avec la Lybie, Nicolas Sarkozy, pour combattre le chômage est en train de changer de politique. Ce faisant, il ne fait pas particulièrement preuve de ténacité mais plutôt de versatilité, si l’on veut être critique, ou alors de pragmatisme si l’on est bienveillant.

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