Hier à l’occasion de la visite du président Allemand à Oradour-sur-Glane, François Hollande a fait une allusion à la Syrie.

Oui, lorsqu’il s’agit des raisons de l’engagement militaire de la France, il y a toujours un moment où la Seconde guerre mondiale surgit. Cette période, au cours de laquelle tant de fautes stratégiques et morales ont été commises, reste LA référence des responsables politiques mais aussi de tous ceux qui s’expriment sur le bien-fondé d’un conflit. Hier à Oradour François Hollande a dit ceci « Oradour n’est plus qu’un cri. Et ce cri je l’entendrai toujours quand il y aura d’autres massacres de par le monde. »

Au-delà de la question stratégique du moment, au-delà de ce que l’on peut espérer ou redouter d’une intervention en Syrie, la motivation qui nous vient de l’Histoire nous vient d’abord –toujours- de 1939-1945… C’est la grille de lecture qu’invoque François Hollande, comme Nicolas Sarkozy avant lui, les deux premiers présidents nés après la Seconde Guerre mondiale.

« Quelle est l’attitude résistante… quelle est l’attitude collabo ? », la génération d’après-guerre vit toujours dans l’idée qu’il y a forcément un moment de vérité, comme celui-là, que l’on doit affronter. Mais, en réalité notre vie pacifiée d’européen d’aujourd’hui ne nous met jamais personnellement dans cette situation, devant un tel choix vital. Choisir d’être collabo ou résistant c’est risquer sa vie. Choisir d’être pour ou contre les frappes sur Damas, c’est risquer de s’engueuler avec son collègue de bureau… ou, pour un président, risquer sa réputation de stratège ou de leader. Pourtant ça reste la référence.

Mais cette référence omniprésente ne garantit pas toujours une réponse claire !

Et non, c’est ça le problème ! Avec une même grille de lecture historique on peut aboutir à des réponses différentes : c’est en vertu du cri que représente Oradour que François Hollande veut entendre le cri des gazés de Damas pour éviter le terrible « ils savaient mais ils n’ont rien fait » qui a permis au nazisme de s’épanouir. La référence est claire et la réponse est compréhensible. Edouard Balladur, hier, expliquait qu’il est contre le vote au parlement pour autoriser les frappes parce qu’il se souvient des atermoiements et des erreurs du régime parlementaire de la IIIème République entre 1938 et 1940. Certains écologistes parlaient hier aussi du souvenir de la guerre d’Espagne et du remord de ne pas avoir aidé les républicains. Mais ceux qui s’opposent aux frappes immédiates et qui demandent à François Hollande de respecter le rythme de l’ONU le font aussi (avec une certaine pertinence) au nom d’un ordre international et de principes de multilatéralisme nés des enseignements de 1945 qu’ils invoquent. Seulement la Seconde Guerre mondiale est souvent utilisée à outrance, notamment quand elle sert simplement à clore un débat. C’est ce que l’on appelle le point Godwin. En fait, on ne devrait l’utiliser que pour soi-même, pour expliquer son propre choix. Dès que l’on se sert de 39-45 pour fustiger la position d’autrui -et ça arrive à chacune des polémiques qui anime nos débats, tous nos débats, qu’il s’agisse du mariage gay ou de l’identité nationale- on commet une faute souvent blessante et injustifiée de l’ordre de l’excommunication. L’évocation par Harlem Désir de Munich pour disqualifier les membres de l’UMP qui refusent les frappes est le dernier exemple en date.

Mais finalement, la guerre de 1940, même sur-utilisée, même mal utilisée reste une fabrique de tabous et de lignes rouge utiles. Pour combien de temps encore ?

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