Jean-Michel Blanquer, le ministre macronien, exemple concret du ni droite ni gauche.

L’éducation, cette passion française qui déchire les familles et la société, est souvent le lieu de caricatures dogmatiques. Najat Vallaud Belkacem est sans doute la ministre qui a subi le plus d’anathèmes et un monceau de fake news sans précédent. Jean-Michel Blanquer peut-il échapper à la règle ? Si le ni droite ni gauche est souvent mal vécu par ceux qui ont des convictions bien ancrées, qui se sentent solidaires d’une histoire sociale, d’une famille philosophique, si le macronisme heurte ceux qui savent qu’il n’y a pas de générations spontanées en politique, que ce n’est pas pareil de vibrer à l’évocation du massacre du mur des fédérés ou à celui des Chouans… il est pourtant un domaine où le ni droite ni gauche (ou le Et gauche Et droite) pourrait s’appliquer sans que personne se renie, c’est sans doute l’éducation. Et Jean-Michel Blanquer (l’a-t-il théorisé ?) est en passe de donner au dépassement des clivages classiques une réalité pratique et opérationnelle…

Pourtant Jean-Michel Blanquer n’est pas particulièrement consensuel…

Non mais les réformes qu’il propose ne peuvent pas être étiquetées de façon simpliste. Il s’agit bien d’un pragmatisme qui comporte pourtant une épaisseur politique et idéologique. Ses idées peuvent même apparaitre comme un projet républicain et progressiste à la fois, traditionnel et expérimental en même temps. Il refuse d’opposer ce qui s’affronte de façon pavlovienne dans l’éducation depuis des décennies, par exemple, le besoin d’épanouissement et de responsabilisation de l’enfant versus la nécessaire autorité du maître et le goût de l’effort. Il prend à ce qui est censé être à la gauche l’idée de mettre beaucoup plus de moyens dans les quartiers en difficulté, il défend aussi une idée censée provenir de la droite : plus d’autonomie pour chaque établissement scolaire (donc théoriquement plus d’inégalités). Mais en éducation, plus qu’ailleurs, chaque solution étiquetée comporte sa part de contradiction. Ainsi, c’est grâce à l’autonomie des établissements, honnie normalement par la gauche, que les expériences pédagogiques (pour ne pas dire « pédagogistes »), honnies à normalement par la droite, peuvent être menées. De quoi donner le tournis aux dogmatiques… Blanquer est pour le retour à un certain classicisme, le latin, l’amour du pays (la droite ou les républicains conservateurs de gauche types Jacques Julliard sont aux anges) mais il n’a rien –au contraire- contre l’idée, parfois, d’évaluer sans notes et s’appuie sur les neurosciences qui mettent souvent en cause les méthodes basées sur la verticalité et le rapport classique maitre/élève… Pour une fois la rentrée recèle de multiples vrais débats pédagogiques autour d’un ministre dont la maîtrise de sa matière écrase toutes les polémiques habituelles. Si l’ordre des priorités, par exemple, entre l’économique et le social, l’égalité et la liberté, diffère selon la gauche et la droite, il est, en revanche, une priorité partagée par tous, répétée lors de la campagne par tous les candidats : c’est celle qui veut qu’à la base de tout développement économique, cohésion nationale… il y ait l’éducation… le moment est peut être venu –rêvons un peu- pour que l’éducation devienne, à la surprise générale, un terrain d’entente.

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