Vous revenez ce matin sur le rapport de l’INSEE qui montre que la France est de plus en plus inégalitaire.Oui et il faut rendre à César ce qui est à Jacques Chirac. Cette étude fait ce constat pour la période 2004/ 2007. Jacques Chirac avait été élu en 1995 sur le slogan de la réduction de la « fracture sociale ». Jacques Chirac succédait à François Mitterrand qui, lui-même, avait été élu et 1981 pour réduire les inégalités. Et puis ce fut, dés 83, rigueur, austérité, début des délocalisations… l’apparition de ce que l’on appelait les « nouveaux pauvres ». Bref, si l’on se retourne, nous avons derrière nous près de 30 ans de délitement de l’égalité et de discours égalitaristes sans suite. Dans ce contexte, la défense du bouclier fiscal sera de plus en plus périlleuse, on va voir cet après midi ce que dira à ce sujet le nouveau ministre du budget, auditionné par la commission des finances de l’Assemblée. Bien sur les statistiques de l’INSEE ne couvrent pas ces trois dernières années mais personne ne croira que les inégalités se sont réduites depuis 2007. 1981, 1995 et enfin 2007 avec le retour de la « valeur travail » qui devait enrichir les méritants par delà leur naissance ou leur capital de départ. C’est donc trente ans d’échec et de déconvenue. Les deux ans qui nous restent avant la prochaine présidentielle vont être nourris, espérons le, non pas de nouveaux slogans égalitaires vains et inefficaces mais bien d’un débat profond sur la fiscalité. Ce débat commence d’ailleurs et de façon intéressante. Il ne faut pas désespérer de nos politiques : François Hollande a consacré un livre entier à sa vision de la refonte de la fiscalité, on a entendu la semaine dernière un socialiste comme Vincent Peillon évoquer la suppression de l’impôt sur la fortune contre le rétablissement d’une plus grande progressivité de l’impôt, le PS prépare une convention sur, je cite « la révolution fiscale ». A droite on n’est pas en reste, beaucoup parlent d’un nécessaire « grand soir fiscal » et sur le site Slate.fr Jean-François Copé, qui veut s’inspirer de ce qui a marché en Allemagne, formule aussi des propositions de réformes, notamment de l’assiette de l’impôt pour le prochain quinquennat (on en parlera peut-être avec lui tout à l’heure puisqu’il est notre invité ce matin). Ce débat salutaire et ardu sur les mécanismes fiscaux se met petit à petit en place et constituera vraisemblablement l’un des thèmes, si non le thème central de la prochaine compétition présidentielle. Avec toujours le même objectif : la recherche de plus d’égalité !Oui parce que comme le disait Tocqueville, il y a en France « une passion mâle et légitime pour l’égalité ». Seulement l’équation complexe c’est d’assouvir cette passion française en l’accordant avec la nécessité de lutter contre les déficits. Mais effectivement, l’égalité est la valeur cardinale du débat politique en France. On ne peut pas réformer la France s’il n’y a pas ce sentiment que c’est pour plus d’égalité. C’est l’une des difficultés que rencontre le président aujourd’hui. « L’égalité » au centre du triptyque national « liberté, égalité, fraternité » est la clef de voute de notre système. Alors il y a débat, et c’est l’une des fractures droite/gauche. Doit ont se contenter de l’égalité des chances et ne pas trop forcer à l’égalité économique et sociale qui seraient facteurs d’immobilisme ? C’est le discours que l’on entendait beaucoup avant la crise. Un discours qui fustigeait l’assistanat. On parlait alors « d’égalitarisme » niveleur et l’on prônait une notion comme « l’équité ». Nicolas Sarkozy, dans son discours de Saint-Quentin en mars 2009 pouvait dire ceci « l’égalitarisme c’est le contraire de la responsabilité, l’égalitarisme et l’assistanat sont dégradants ». C’était il y a un an, c’était après la crise mais depuis la situation sociale s’est encore détériorée. Et…le pays n’est, à l’évidence, pas menacée par le danger de « l’égalitarisme » décrit dans le discours de Saint-Quentin.

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