Ce matin, un petit coup de gueule pas très confraternel !

Oui, c’est un coup de gueule que l’on pourrait répéter tous les ans, malheureusement… chaque année donc, au mois d’avril, nos camarades de la presse hebdomadaire font des classements, des palmarès d’établissements scolaires publics. Ils publient la liste hiérarchisée des meilleurs collèges et lycées de chaque région et bien sûr, par voie de conséquence, signalent aussi les moins bons. A d’autres moments de l’année ce sont les hôpitaux qui sont ainsi notés. Mais revenons aux établissements scolaires… Il est tout à fait logique que le ministère de l’éducation évalue la performance des lycées, d’ailleurs, il ne l’évalue pas simplement au regard des taux de réussite au bac, il note (avec plus ou moins de pertinence) leur progression, le dynamisme des projets scolaires…le but de ces classements au-delà de l’évaluation des équipes éducatives est -ou devrait être- une façon d’établir une carte des inégalités géographiques et sociales à traiter. Mais ce qui est regrettable, c’est qu’une partie de la presse se saisisse de ces classements pour les représenter sous forme de services aux consommateurs. La mise en page de ce palmarès sur le site Internet de L’Express, rappelle la présentation des prix de l’immobilier. Alors bien sûr, ce classement sera utile à la partie de la population déjà privilégiée qui pourra se débrouiller pour mettre ses enfants dans les bons établissements. Dans un contexte de dézonage, c’est encore plus facile ! Du coup, au fil des années, les inégalités, les disparités se creusent. Ça part d’un principe assez sinistre selon lequel un lycée avec 100% de réussite au bac est forcément meilleur pour son enfant qu’un autre, alors que ces 100% reflètent plus l’uniformatisation sociale de ces établissements que la qualité de son enseignement. Les plus aisés se regroupent dans les meilleurs lycées… et les meilleurs lycées sont encore meilleurs. A l’inverse, le bas de l’échelle descend encore d’un cran. Le thermomètre des classements ne fait pas que mesurer, il exacerbe les mesures qu’il constate. Et après, les mêmes journaux feront des reportages sur ces scandaleuses inégalités territoriales.

Ces classements sont prisés par les lecteurs…

Bien sûr et c’est là qu’après avoir pratiqué l’autocritique journalistique, il faut maintenant se tourner vers les auditeurs qui sont aussi des lecteurs de journaux ! Je ne vous dirai pas de ne pas acheter les journaux qui font des classements de services publics… il faut toujours acheter les journaux. Mais ne lisez pas ces classements ou alors n’en tenez pas compte. C’est un acte anti-républicain que de favoriser la grégarité sociale. La mixité, le mélange social sont certainement les meilleurs remèdes à biens des maux de notre société. Le non respect par les villes riches de la loi SRU qui fixe un minimum de 20% de logements sociaux, renforce la ghettoïsation sociale, cette ghettoïsation est le sel de l’inégalité géographique, urbaine. Les classements d’établissements scolaires n’en sont que le miroir. Sauf bien sûr en cas extrêmes et rares de lycées où règne la violence, tenir compte de ces classements aggrave la situation. C’est exactement comme vouloir encourager l’optimisation ou l’évasion fiscale.

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