Ce matin. Les écologistes !

Avec cette question : comment l’écologie peut-elle se traduire par une expression politique aussi médiocre ? Aujourd’hui, il y a deux grands courants idéologiques qui remettent en cause le capitalisme triomphant et financiarisé qui accroit les inégalités et le consumérisme abêtissant. L’idéologie du repli identitaire, nationaliste ou religieux… et l’écologie. Ces deux idéologies offrent chacune une vision globale bien identifiée et aussi des propositions, dans le détail de la vie de tous les jours. Ainsi les identitaires veulent des cantines conformes à leur frontières mentales (républicaines ou religieuses), les écolos veulent des cantines bios ou écologiquement responsables. Ces deux idéologies diffusent leurs idées de façon assez efficace mais seuls les identitaires savent faire prospérer leurs appareils politiques. Les climato-sceptiques et autres Claude Allègre sont désormais aussi crédibles que Paco Rabanne nous prévoyant la fin du monde en 1999… Pourtant, avoir eu raison avant tout le monde ne garantit visiblement aux écolos pas d’être dotés d’une hauteur de vue stratégique supérieure à la moyenne. La réunion des écologistes pro-gouvernementaux à l’Assemblée samedi (réunion que le député européen Yannick Jadot appelait très justement, hier, « la ministre académie ») reflétait parfaitement ce décalage abyssal entre l’enjeu écologique et le jeu des écologistes. L’opposition stratégique et dérisoire entre les anti-Valls viscéraux et les pro-Hollande béats chez les verts est la preuve ultime que l’on peut être responsable idéologiquement et irresponsable politiquement.

EELV en paie le prix : 63% des français ont une mauvaise opiniond’eux, selon l’institut ODOXA

Et pourtant, sans doute autant pensent que l’écologie est une idée d’avenir. Mais, accabler les écologistes (comme je viens de le faire) est un peu court et convenu. Certes, ils ne sont pas à la hauteur de l’écologie. Une vision d’avenir ne s’incarne pas comme ça à notre époque et l’on est généralement plus sévère avec eux qu’avec les autres dont on accepte plus facilement le cynisme et l’esprit tacticien. Après tout, les gaullistes n’ont plus de Gaulle, les socialistes n’ont plus Jaurès ni Blum. Manuel Valls n’est pas Clemenceau et il n’y a plus de Zola à la Une des grands quotidiens pour dénoncer l’injustice. Il ne s’agit pas non plus de verser dans le « c’était mieux avant ». Au jour le jour, la politique est rarement belle (et l’a rarement été). C’est toujours plus facile de produire (et de commenter) une réponse péremptoire et bien sentie sur la question de savoir s’il faut des ministres verts que sur les questions de savoir comment changer notre mode de vie, lutter contre les lobbies de l’énergie… Grandeur et petitesse de la politique… comment la cause la plus juste, comment l’urgence la plus pressante de notre temps, peut-elle engendrer tant d’attitudes si politicardes? C’est finalement la grande interrogation un peu désespérante qui nous vient en observant, simultanément la banquise fondre et EELV se déchirer sur une question de ministère que d’ailleurs personne ne leur propose…

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