Manuel Valls est revenu hier, à l’Assemblée sur la question du voile. Selon le 1er Ministre, les salafistes « gagnent la bataille idéologique et culturelle ».

Oui, le Premier Ministre parlait de la bataille culturelle au sein des musulmans de France. 1% de salafistes, dit-il, mais on n'entend, on ne voit qu’eux sur les réseaux sociaux. Être libre de porter le voile (sauf à l’école, et sauf pour les fonctionnaires en charge d’un service public) c’est, bien sûr -et heureusement-, légal (tant qu’il ne s’agit pas de burqa), mais ne rien trouver à redire au fait que de plus en plus de jeunes musulmanes françaises choisissent de se voiler peut effectivement être considéré comme le signe d’une victoire culturelle des promoteurs d’un islam rigoriste et identitaire. Il y a même une sénatrice écologiste Esther Benbassa – mais qui résume un sentiment bien répandu à gauche-assez culturellement vaincue pour mettre toutes les aliénations dans le même panier et reprendre à son compte cette antienne de la droite catholique pudibonde et expliquer que le voile n’est pas plus un asservissement que la minijupe.

Il s’agit aussi d’une bataille idéologique au sein même de la gauche.

Oui, parce qu’après tout, c’est historiquement la gauche qui s’est battue pour que la sphère de la raison et du progrès l’emporte dans la société sur la sphère du religieux et du conservatisme. Il ne s’agit pas de retrouver les accents anticléricaux du petit père Combes, ou même de Clémenceau, en 1905, parce qu’aujourd’hui, la question n’est plus de conquérir du pouvoir sur une religion dominante qui régenterait toute la vie sociale, mais simplement d’empêcher qu’une branche minoritaire, mais activiste, d’une religion exerce sa pression rétrograde sur une partie de la population fragilisée et socialement discriminé. Il s’agit dit Manuel Valls de réaffirmer et faire triompher les valeurs la République et donc de contenir les religions dans le lit de la laïcité. Sauf que quand on veut mener une telle bataille, culturelle, idéologique et même politique, il ne faut pas désarmer ceux qui sont aux avant-postes. Or, dans les quartiers défavorisés, il y a de moins en moins de moyens. Les travailleurs sociaux, les services publics, les profs, les associations d’alphabétisation, par exemple, se voient rogner tous leurs budgets. Seuls les moyens de la répression se maintiennent. Mais là on n’est plus dans la guerre culturelle ! La ghettoïsation ne faiblit pas. La loi SRU, qui veut que chaque commune tende vers 25% de logements sociaux, rencontre toujours autant de résistance de la part des villes les plus riches. Dans la série « grands mots petits actes », Manuel Valls avait déjà parlé de situation « d’apartheid » en évoquant –là encore par un constat fondé- les résultats de tant d’années d’urbanisation ghettoïsante. Le contexte social des lieux de radicalisation n’excuse ni n’explique les victoires culturelles du Salafisme, qui sont aussi le fait de responsabilités personnelles et d’une vague mondiale, mais le maintien de ces contextes inégalitaires et ségrégationnistes rend beaucoup plus incertaine la contre-offensive culturelle, laïque, pour laquelle Manuel Valls se présente en général en chef.

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