Vous vous intéressez à la surface politique de François Fillon… à 17 jours du 1ertour.

La surface politique d’un candidat c’est, disons, l’espace, le spectre qu’il ouvre pour embrasser le plus de Français possible, impliquer la plus large partie de la population. Bien sûr, un candidat à la présidentielle qui compte parmi les favoris (c’est votre cas François Fillon), s’adresse -en théorie- à tout le monde, d’autant qu’héritier du gaullisme, vous savez bien que la présidentielle c’est –bien au delà de ses partisans d’origine- la rencontre entre un homme, le peuple et des circonstances. Il faut donc voir large. Pendant la primaire, vous aviez bien vu le coup. D’ailleurs vous vous interrogiez sur Alain Juppé. Sa campagne était, selon vous, beaucoup trop ouverte à l’ensemble du spectre politique, alors que nous n’en étions qu’à la phase d’un vote partisan. Vous, vous aviez su incarner, pendant la primaire, les aspirations des vôtres, plutôt conservatrices sur les questions de société et libérales, réformistes, sur les sujets économiques. Ce qui correspondait à vos idées et à l’état d’esprit de la droite d’aujourd’hui. Une fois désigné, vous deviez, dans la logique de nos institutions donc, chercher cette alchimie rassembleuse, élargir votre base électorale, vous ouvrir, sans trahir l’esprit de votre programme et sa rectitude qui avait fait la solidité de votre succès à la primaire.

Puis il y a eu les révélations, les affaires.

Oui, et à partir du moment ou vous avez décidé de rester en lice et de vous défendre comme vous le faites depuis janvier, et bien la 2ndephase, l’élargissement nécessaire, gaullien, a été impossible et votre surface politique, loin de s’élargir s’est, au contraire, rétrécie ! Un noyau conservateur vous soutient mordicus et vous lui délivrez des messages à l’encontre de la pondération raisonnable qui vous était reconnue, au delà de votre camp. Vous agitez des chiffons antisystèmes, vous tentait d’avoir l’air rebelle, victime d’un complot «médiatico-judiciairo-socialio-centriste». Exactement le ton, qu’avant, vous reprochiez à Nicolas Sarkozy. Les modérés de votre camp ne font plus campagne et même vous dénigrent. Ça ne vous empêchera peut-être pas d’être élu mais pourrez-vous alors gouverner comme vous le souhaitiez ? Parce que souvenez-vous… votre truc, votre plus, c’était de proposer une méthode pour appliquer votre programme et en finir, enfin, avec l’impuissance publique, avec (à la manière de Sarkozy) les mots forts et les actions faibles. Cette méthode passait par la franchise, un discours économique de vérité, assumé clairement AVANT l’élection ! Vous aviez théorisé cette stratégie de franchise et de rectitude anti-démagogique. Et ça semblait possible parce que, disiez-vous, maintenant la France est prête ! Prête aux réformes, à la vérité. La vérité... Votre rapport à la vérité, justement. C’était votre force. Et c’est ce que votre stratégie de défense, celle que vous avez choisie, a le plus abîmé avec, comme conséquence, de vous éloigner dangereusement du gaullisme rassembleur que vous visiez et qui était, semble-t-il, largement demandé par le pays.

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