Ce week-end, les socialistes sont en congrès à Aubervilliers.

Oui … et spontanément on a envie de s’adresser au PS, comme on parle à quelqu’un après une séparation douloureuse… lui dire des choses aussi banales, vaines, même fausses mais nécessaires en pareil cas : un électeur perdu, dix de retrouvés… c’est quand on est au fond de la piscine qu’il faut donner un grand coup de pied ! Tout a été dit sur la gifle monumentale que les socialistes ont reçu en mai 2017. Sur leur état de délabrement. Leur candidat à la présidentielle (Benoit Hamon), le dernier chef de leur majorité (Manuel Valls),  ne sont même plus membres du parti. Le nouveau patron, Olivier Faure, reste un parfait inconnu pour le grand public. Partout en Europe, la social-démocratie est en crise… 

Le PS peut-il retrouver une place dans le spectre politique ?

La question est de savoir s’il est sur la pente du radicalisme, force politique majeure pendant 100 ans, le temps d’installer la république, puis devenu résidu, satellite des partis dominants. Ou alors si, comme au moment du passage de la SFIO au PS, le mouvement socialiste peut se réinventer ? La nouvelle équipe est-elle de taille à redonner corps au socialisme, à l’adapter au monde qui vient ? En politique, pour exister et incarner un espoir d’alternance… il faut 2 choses : un espace et un contenu. Le contenu, le projet peut créer l’espace, ou l’espace peut s’ouvrir et favoriser l’émergence d’un contenu. Pour l’instant le PS n’a ni l’espace, ni les idées. L’espace est pris par LFI et LREM. LFI est maintenant la force dominante sur le flanc gauche, et LREM truste l’aile modérée, réformiste. Le PS n’a pas su réaliser ce compromis entre le souhaitable et le possible, pas su trancher entre son discours toujours bien à gauche et ses actes toujours plus gestionnaires centristes. Le choix que n’ont pas fait les socialistes est donc venu de l’extérieur, de façon outrée : LFI a pris les mots et le rêve, LREM a pris le pragmatisme et l’adéquation aux contraintes du réel. Entre les deux, pour l’instant, plus de place. La place, l’espace, s’ouvrira forcément entre LFI et LREM parce que l’incantation protestataire a ses limites et le pouvoir s’use toujours… Il faudra alors que le PS soit prêt, qu’il sache conceptualiser le nouveau progrès autour de ces questions éternelles de la gauche démocratique, adaptées à nos jours: Le travail au temps de l’intelligence artificielle, la répartition des richesses dans un monde aux ressources limitées, les solidarités dans un avenir de grandes migrations, l’émancipation individuelle au moment où la religion progresse et à la veille de l’homme augmenté ? Ces questionnements s’imposent à tous les grands courants politiques, partout en Europe, berceau de la social-démocratie. Mais les socialistes français n’en sont pas là. Le largué récent répugne toujours, un temps, à faire de grands projets et se replie plutôt sur ses petites affaires immédiates. C’est normal. A Aubervilliers, ce week-end, les questions –plus prosaïques et triviales- seront plutôt : comment faire une liste aux européennes ? Comment sauver l’appareil, sa structure, ses finances ?

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