A l’épreuve du confinement, la société française tient le choc. Nous qui avons tellement l’habitude, en France, de nous complaire dans l’autocritique, de nimber le débat public d’une épaisse couche de déclinisme, de sinistrose, nous voilà presque étonnés de constater, dans la tourmente, que l’Etat tient bon.

Nous qui avons tellement l’habitude, en France, de nous complaire dans  l’autocritique, de nimber le débat public d’une épaisse couche de déclinisme, de sinistrose, nous voilà presque étonnés de constater, dans la tourmente, que l’Etat tient bon, qu’il est solide, que la population française dans son  ensemble (avec quelques coups de mou comme ce week-end) respecte bien le confinement, même dans les quartiers populaires  où la promiscuité le rend plus difficile qu’ailleurs. 

On constate aussi  que la démocratie n’est pas sous cloche… Les critiques virulentes des  oppositions prouvent que nous n’avons pas cédé à un unanimisme lénifiant. Nous vivons, individuellement, collectivement,  une expérience inédite.

Nous apprenons à articuler impératif du confinement et respect de l’Etat de droit. 

Comment, au jour le jour, gouverner et être gouverné avec certaines libertés (celles d’aller et venir et de travailler, principalement) mises entre parenthèses ?  

L’état d’urgence sanitaire, nouveau principe mis en place, aurait pu être, au vu des circonstances exceptionnelles, pratiqué avec des règles beaucoup plus autoritaires. Les praticiens du droit remarquent que le  gouvernement a plutôt été scrupuleux dans l’édification rapide d’un état de droit de crise sanitaire, et a fait en sorte que  les règles (provisoires, bien sûr) respectent le plus possible les canons démocratiques. Sur l’état d’exception, le Conseil d’Etat a ainsi déjà reçu plus de 50 requêtes. Tout ce qui doit  l’être est réorganisé dans un cadre juridique et réglementaire stricte, dans lequel chaque niveau de pouvoir joue son rôle. 

Prenez l’affaire des marchés d’alimentation ouverts. La règle c’est de les interdire mais des dérogations sont possibles à la demande  des maires… Et cela fonctionne, le plus souvent d’un commun accord entre le représentant de l’état et l’élu local. Les ratés (peut-être les mensonges, du gouvernement du début de la crise), le langage plus que  déplacé du préfet de police (préfet Lallement), les promeneurs trop nombreux de ce week-end, les quelques abrutis qui  demandent à leurs voisins soignants de déménager, ne doivent pas masquer  cette réalité : la société tient bien le choc.    

Elle a su s’adapter…  

Oui, en témoigne, en premier lieu : l’incroyable mobilisation du corps médical, les confinements  bouleversants des personnels des EHPAD avec leurs pensionnaires, l’ensemble des métiers indispensables à la vie quotidienne qui ne se dérobent pas, la solidarité interrégionale pour l’accueil des malades et la logistique impressionnante qui va avec, les applaudissements des citadins chaque soir à 20 heures, les volontaires qui organisent le portage des courses pour les personnes âgées de leur voisinage, les enseignants qui réinventent leur travail, la créativité,  souvent drôle et bienveillante, des confinés internautes : la société  française, existe et fait bonne figure ! 

Souvenez-vous,  il y a encore trois semaines, nous étions un pays archipelisé, râleur, soi-disant incapable de se remettre en cause, de s’adapter... Nous  sommes en train de nous imposer, à nous mêmes, un joli démenti !     

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