L’appel du footballeur à retirer son argent des banques s’est répendu sur la toile et certains ont décidé que demain, le 7 décembre serait le jour pour faire ce retrait, en masse au guichet afin de faire sauter la banque et son système… Autant arrêter de respirer pour protester contre la pollution de l’air... Ça ne se fera pas. Personne ne peut se permettre de ne plus pouvoir recevoir les virements de son salaire ou de son chômage, des prestations sociales, des remboursements de la sécu. Et puis, pour retirer son argent, encore faut-il que ce qu’on a sur son compte soit plus important que ses dettes! La proposition de Cantona est aussi poétique et désespérée que le dialogue entre le petit prince de Saint-Exupéry et le businessman à propos de la notion de « possession » et de « profit ». Mais le succès intellectuel de cette initiative, le simple fait que tous, on se soit dit « ha si c’était possible », révèle l’état d’exaspération et de révolte latente qui irrigue la société en ce moment. Le sentiment de dégoût et l’envie d’en découdre ne se manifeste pas vraiment contre le pouvoir politique qui est perçu, le plus souvent, comme gestionnaire d’un système qui le dépasse mais vis-à-vis de la logique de profit qui semble avoir gagné toutes les sphères de la société. Il y a une envie de jacqueries contre cette logique qui ne trouve pas, pour l’instant, son expression. Il y a quand même l’émergence de formes d’actions militantes alternatives et protestataires.Oui, la naissance d’un activisme antisystème qui passe par des actions plus que symboliques et parfois en marge de la légalité : les faucheurs d’OGM, les squatteurs, les militants anti-pub et anti-consommation qui barbouillent les panneaux qui recouvrent nos villes, crèvent les pneus des 4X4, débranchent les enseignes lumineuses la nuit ; il y a aussi les collectifs « sauvons les riches » ou « jeudi noir » qui agissent sur la question de la mixité sociale et du logement, RESF qui soutient les migrants ou ces enseignants qui refusent d’appliquer des directives qu’ils n’approuvent fondamentalement pas, ces agents EDF qui n’acceptent pas de débrancher des abonnés qui ne peuvent pas payer. Si le mot de « résistance » est sur-utilisé, laissant penser que l’on vit en dictature, on note quand même la naissance de formes de refus actif de logiques devenues insupportables. L’initiative de Cantona est absurde mais rien interdit de transférer, petit à petit ses comptes vers des banques vertueuses comme le Crédit Coopératif par exemple. Le domaine de la finance pourrait devenir, comme celui de l’environnement ou des droits de l’homme, un domaine sur lequel le poids de l’opinion publique devrait enfin peser. Pour l’environnement, il y a Greenpeace, France Nature Environnement et des mouvements politiques puissants, pour les droits de l’homme il y a Human-Rights-Watch, Amnesty International et d’autres organisations. Rien de tel pour la finance. Pour l’instant, du moins car une poignée de parlementaires européens, au départ des écologistes, mais qui ont été rejoints par des députés de tous bords, est en train de travailler à la création d’une sorte de Greenpeace de la finance qui permettrait d’organiser de façon réaliste et puissante, un contrôle et un ciblage du système financier mondial afin de peser sur la politique des banques et de créer un contre-lobbying au près des parlements nationaux pour qu’ils régulent et moralisent enfin cette folle industrie.

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