L'intrusion hier de militants de Greenpeace dans les centrales nucléaire de Nogent-sur-Seine et de Cruas, est un vrai succès médiatique.

Oui, Greenpeace, passé maître dans ce genre d’actions spectaculaires, agit ainsi avec plus ou moins de succès depuis les années 80. Mais hier, on a, semble-t-il, passé un cap dans la professionnalisation de ce type d’activisme. Outre, l’exploit que représente l’action en elle-même, ce qui était le plus marquant était la capacité a médiatiser l’événement, fournir des images tout de suite et poster la porte-parole de l’organisation devant la centrale, prête à commenter et distiller des informations en direct sur l’opération pour les chaînes tout-infos et les radios. L’activisme associatif est en plein essor et se développe en totale coordination avec les médias pour informer et alerter l’opinion publique. Il y a les grandes associations internationales comme Human Rights Watch qui agit pour la défense des droits de l’Homme, de façon plus intrusive et proactive qu’Amnesty International. Transparence International dénonce la corruption. Et le dernier arrivé qui s’avérera très utile pour pointer les dérives du monde de la finance : Finance Watch. En France il y a aussi toute une kyrielle de groupes d’activistes... et chacun dans son secteur, mène des actions spectaculaires. L’agenda médiatique est largement soumis aux calendriers voulus par le monde politique classique, gouvernement et opposition. C’est pour enfoncer des coins dans cet agenda convenu, que de jeunes associations dynamiques perturbent le jeu routinier du débat politique.

Il s’agit d’actions directes pacifiques, souvent humoristiques…

Oui, « Sauvons les riches » dénonce les inégalités sociales en faisant irruption dans lieux symboliques où se réunissent les plus privilégiés. Neuilly, bien sûr, est l’un de leur terrain d’action favori. « Jeudi noir » fait des actions surprises pour dénoncer la politique du logement. Les femmes à barbe (association féministe) perturbent bruyamment, affublées de fausses barbes, les cercles, les assemblées les plus machistes. « Anticor » enquête et se porte partie civile dans les affaires dites, des « biens mal acquis » de chefs d’Etats de pays corrompus. C’est une forme d’engagement « citoyen » pour prendre un mot péniblement à la mode, qui tranche avec la contestation habituelle française, institutionnalisée. Les pétitions ne se voient plus. Le parcours de la moindre manifestation est négocié avec la préfecture. En dehors d’une mobilisation monstre qui bloque le pays, plus personne ne fait attention à un banal défilé avec slogans, banderoles et merguez…. Les nouvelles formes d’actions réinventent un contre pouvoir plus adapté à la société médiatique telle qu’elle est. D’ailleurs la presse, les plus jeunes journalistes en particulier sont souvent sociologiquement assez proches des militants de Greenpeace, d’Anticor ou de Sauvons les riches. Ils sont souvent associés en amont aux actions militantes. Cette nouvelle donne est, certes revigorante et salutaire, mais ne va pas non plus sans poser des questions concernant la légitimité d’organisations qui n’ont pas les assises démocratiques que peuvent avoir les partis ou les syndicats traditionnels. Des questions déontologiques aussi pour la presse au sujet de sa couverture assez complaisante de ce qui reste (même pour de bonnes causes) des opérations de communication et de propagande politiques.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.