L’organisation Transparency Internationale vient de rendre un rapport sur la corruption en France : et le monde politique est perçu par nos concitoyens comme particulièrement corrompu.

Oui, et c’est naturel que l’exigence de probité et de transparence soit particulièrement élevée s’agissant de nos élus, à qui nous accordons notre confiance et à qui nous confions l’argent public.72% des Français estiment que leurs élus sont corrompus, c’est considérable ! Un record depuis 1977. Le monde politique apparaît comme plus corrompu que celui de l’entreprise, de la justice, des médias ou de l’administration. Pourtant en politique, les cas de corruptions avérés et jugés ne sont pas si nombreux et même semblent diminuer. Mais, il s’agit d’une impression vague sur une forme d’incivilité publique, de corruption douce mais ancrée, pas forcement délictueuse : le piston, l’abus de dépenses de représentation ou de communication, la privatisation des attributs du pouvoir à des fins politiciennes, les amitiés intéressées, l’influence des réseaux et des connivences. Le combat de catch dans la boue que se sont livrés les clans Copé et Fillon pour la présidence de l’UMP paraît tellement surdimensionné, par rapport à l’enjeu que l’on se dit, confusément, que derrière cette impérieuse nécessité de contrôler l’appareil, il doit y avoir des intérêts inavouables. L’impression que les élus de tous bords traînent leurs gros godillots pour voter la loi sur le non cumul alimente la défiance que Transparency Internationale décèle dans son rapport. Petite précision : la pantalonnade de l’UMP et les soupçons qui pèsent sur Jérôme Cahuzac ne sont bien sûr pas pris en compte dans l’étude.

Logiquement, la solution serait d’imposer plus de transparence à la vie politique ?

Oui, la France est, par exemple, l’un des derniers pays démocratiques à ne pas rendre publiques les déclarations de patrimoine des élus ! Depuis 1988 les députés doivent transmettre leur déclaration de patrimoine à la Commission pour la transparence financière de la vie publique. Mais cette commission a rendu un rapport en 2011 montrant que 199 députés n’avaient pas remis leurs documents dans les délais. Et puis, cette commission, de toute façon, n’a pas vraiment accès aux revenus des élus ou au patrimoine de leurs proches. Les solutions simples existent pour que la transparence progresse en politique. D’abord il faudrait encadrer le lobbying parlementaire. On sait que de nombreuses lois sont rédigées en partie par des groupes de pressions et d’intérêts. Il faudrait au moins pouvoir établir une traçabilité précise de toutes les personnes et entreprises qui ont été consultées pour élaborer un texte. Certaines préconisations pour établir plus de transparence sont contenues dans le rapport Jospin sur la rénovation et la déontologie de la vie politique. Outre le non cumul des mandats et la publication des déclarations d’intérêts, il y a le renforcement des incompatibilités pour les ministres et les parlementaires. Etre député et en même temps membre d’un cabinet d’avocats d’affaires devrait, à l’évidence, être rendu impossible. Ces réformes sont bien sûr nécessaires mais il faut prendre garde à l’effet d’otique qui noircit le tableau: on a l’impression que la corruption progresse, non pas forcément parce qu’elle progresse mais bien parce que, dans notre société d’hyper-communication qui réclame toujours plus de transparence, notre tolérance à la corruption baisse plus vite que la corruption elle-même.

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