Nelson Mandela, figure quasiment incontestée, et référence surutilisée dans le débat politique…

Dans le débat politique, Nelson Mandela est l’icône absolue, avec Martin Luther King. On pourrait dire que c’est le point Godwin à l’autre bout du spectre politique. Ce que l’on appelle le point Godwin c’est ce moment, dans un débat ou l’un des intervenants compare un élément de la discussion avec quelque chose, ayant de près ou de loin, à voir avec le nazisme ou l’Occupation, le débat s’arrête de lui-même ou explose, tout contre l’argument est disqualifié.

De même, quand vous défendez une position, une action comparez-là à l’action de Nelson Mandela (ou a celle de martin Luther King), soit, ce qu’il y a de plus probable, on vous prend pour un fou illuminé et prétentieux, soit, on vous respecte et le débat s’arrête aussi là.

Mandela est donc un tabou politique. Et c’est très bien ainsi parce que loin de limiter le champ du débat, comme le prétendent quelques extrémistes (comme Jean-Marie Le Pen qui avait déclaré un jour qu’il n’avait pas de goût particulier pour les terroristes, à propos du vieux président Sud-Africain) loin de brider le débat par la figure de Mandala (comme celle deMartin Luther King et aussi peut être celle de Jean Moulin pour le courage et Gandhi pour la non-violence) Mandela est une figure tutélaire, ou au moins une référence, une borne.

Ce qui n’empêche pas, bien sûr, le travail critique des historiens sur son histoire et des journalistes sur son action politique en tant que détenteur d’un pouvoir dans la deuxième partie de sa vie. Mais la statue est là. Solide et utile. Ce qui donne à l’action et à la personne de Mandela cette aura politique, c’est que son domaine est la lutte contre le racisme, son trait de caractère le plus marquant, le courage et la persévérance et sa méthode, c’est la non-violence .

nelson mandela est mort
nelson mandela est mort © reuters
Sa méthode est donc **une philosophie** . En politique, les buts que l’on recherche ont au moins autant d’importance que les moyens que l’on utilise pour les atteindre puisque l’on sait pertinemment que les moyens, le plus souvent pervertissent les buts les plus nobles… le communisme en est l’exemple parfait. **Le courage, la persévérance et la non-violence ne sont pas précisément les vertus les plus répandues en politique !** Effectivement (et soyons juste, ni plus ni moins que dans beaucoup d’autres domaines) et voila pourquoi se sont les plus valorisées. Atteindre son but sans violence et avec courage rend l’action absolument incontestable. **Nelson Mandela était une victime** et il a réussi à changer le cours de l’Histoire sans violence. A combattre la violence par la non-violence. Dans nos sociétés devenues mondialisées qui se sont largement construites, au cours des siècles par l’esclavage et le colonialisme et qui ont produit le nazisme, le racisme est devenu la violence politique suprême. C’est ce contraste, entre cette violence suprême, et la méthode pacifique qui a triomphé, au moins de l’organisation politique, et du racisme en Afrique du sud (si non du racisme lui-même), qui donne toute sa force à la figure de Nelson Mandela. Ce n’est pas du « politiquement correct » que de considérer Mandela comme ne faisant pas partie du débat possible, c’est tout simplement de la civilisation. ### Aller plus loin : [Mort de l'icône anti-apartheid](http://www.franceinter.fr/depeche-mort-de-licone-anti-apartheid)
l'afrique du sud pleure nelson mandela
l'afrique du sud pleure nelson mandela © reuters
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