Donc, en politique, en France... La violence paie !

Notre culture politique est imprégnée de l’idée selon laquelle tout se gagne par l’affrontement plus que par le compromis
Notre culture politique est imprégnée de l’idée selon laquelle tout se gagne par l’affrontement plus que par le compromis © AFP / Alain JOCARD

Et bien oui... C’est un constat froid : en France, on obtient de bonnes choses par la violence. 

D’ailleurs, quand on évoque une action revendicatrice, ne parle-t-on pas de "lutte" ? C’est un vieux débat philosophique qui a opposé Sartre et Camus et qui inspiré de beaux textes à Hugo pour l’amnistie des Communards. Le péché originel (qui n’en est pas un), c’est la Révolution ! Nous avons obtenu la République, notre bien le plus cher, par la violence. 

Notre culture politique est imprégnée de l’idée selon laquelle tout se gagne par l’affrontement plus que par le compromis, le combat plus que le débat et parfois le combat au sens propre. Notre-Dame-des-Landes n’a pas été abandonnée pour les bonnes raisons écologiques mais lorsque c’est devenu une zone d’affrontement. Aujourd’hui, les concessions fiscales sont obtenues parce que les Champs-Elysées et la préfecture du Puy-en-Velay ont été mis à sac ! Et si les Gilets jaunes perdent de leur popularité, ce ne sera pas parce qu'ils ont été violents, mais parce qu'ils continuent leur mouvement malgré les concessions du gouvernement. Donc pour les Français, la violence ne doit pas être gratuite... Mais elle peut être ! Ce qui sidère nos voisins européens !

Le gouvernement n’aurait pas dû céder à la violence ?

C’est trop facile de dire qu’il aurait dû céder avant les violences pour les éviter... Ça reviendrait d’ailleurs au même du point de vue de la soumission de la décision politique à la violence. Mais la violence est aussi sans cesse légitimée par une agressivité verbale qui a atteint des niveaux préoccupants. La mode du clash (surtout à la télé), relayé à l’infini par les réseaux sociaux, fait son œuvre. 

Une responsable de LFI demande au peuple de ne pas lyncher les journalistes (non pas parce que ça ne se fait pas) mais parce que ça leur rendrait service, un autre crie "je hais le président" et traite Manuel Valls de vermine ! Comme si pour garder le contact avec la colère du peuple, il fallait ainsi l’exprimer ! 

Mais comme parallèlement, on demande de la cohérence entre les mots et les actes : l’issue logique est la violence. La politique est violente aussi quand le système de représentation n’est plus le bon. On sait depuis des lustres que c’est le cas. Ça l’est de façon plus forte encore avec cette majorité gazeuse et dominante de façon caricaturale à l’assemblée. De plus, la légitimité du président élu directement par les Français est plus forte que celle de l’assemblée ! Ce lien direct (surtout quand les corps intermédiaires sont faibles) est source de violence. La colère populaire est alors brute, directement soumise au président, Premier responsable, Emmanuel Macron en rajoute en s’adressant directement à des Français rencontrés. Il les admoneste sans se rendre compte de la violence symbolique, l’humiliation de se faire rabrouer par le président ! Voilà qui doit (maintenant qu’on en est là) inciter l’exécutif à faire preuve d’imagination pour vraiment prendre l’avis des Français, les impliquer, leur faire retrouver leur dignité civique, au plus près du terrain, pendant ces trois mois de consultation annoncés.

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