C'est ce que disent les sondages d'opinion depuis la rentrée. Le dernier en date, Ifop, à paraître aujourd’hui dans « Paris Match », indique un différentiel de 11 points entre les 2 hommes. "Il a son petit sourire sur le côté, son air faussement modeste. Il biche François Fillon". C'est un élu qui raconte la scène à la réunion du groupe UMP de l'assemblée hier matin, le premier ministre boit du petit lait. Les députés se sont levés un à un, et tous, lui ont dit la même chose "on compte sur toi François", on compte sur lui pour les municipales. Mais ils ne se sont pas contentés de s'abriter derrière sa popularité, sa discrétion et son action, ils ont aussi, à mots feutrés, quoique, critiqué l'Autre. Le président. L'un s'en est pris à l'ouverture et à "ces ministres inutiles et bavards" ; l'une a dégoisé sur la "présidentialisation excessive du pouvoir" ; un autre a ouvertement regretté qu'un collaborateur du président, Claude Guéant, s'arroge le droit d'annoncer les bonnes nouvelles - la revalorisation des petites retraites - en lieu et place du premier ministre. Des oreilles ont sifflé, François Fillon a savouré. "Et pourtant... pourtant ça ne suffira pas à nous éviter d'aller dans le mur" confie aujourd'hui un conseiller ministériel influent, qui fait une analyse très pointue de la situation, 10 mois seulement après l'élection de Nicolas Sarkozy et alors que se profilent des municipales tout simplement catastrophiques - comment se sortir de la nasse ? Il y a selon lui, 6 problèmes à régler. 1. "Un problème de gouvernance au niveau de l'exécutif. Nicolas Sarkozy n'a toujours pas trouvé sa place de président. Est-ce à lui d'aller à Gandrange par exemple, quand François Fillon surfe lui sur une popularité virtuelle alors qu'il ne fait rien ? 2. Un problème de casting gouvernemental. Certains ministres ne sont pas à leur place, Borloo, Lagarde, Dati. D'autres n'ont carrément rien à faire là, Albanel, Morin, Santini sont gentiment cités. Les petits jeunes, Wauquiez et Yade sont sous-employés. En plus, Matignon ne joue pas son rôle d'entaîneur et de manager qui devrait être le sien. 3. Troisième problème à régler : les parlementaires. Jamais vu au bout de 8 mois de législature une telle pagaille ! Il faut dire que l'Elysée ignore superbement le Parlement, tout en promettant sa revalorisation. Nicolas Sarkozy TIENT les élus en leur répétant, "n'oublie pas qui nomme". Du coup, plus personne ne respecte les circuits traditionnels. Des députés écoeurés de constater que même le travail en commission n'a plus d'intérêt démissionnent de leur fonction de "rapporteur", quand il suffit d'aller faire le beau à l'Elysée pour vendre ses idées. 4. Quatrième problème : le parti ! Oui, l'UMP est paralysée par la guéguerre Devedjian/Raffarin. Il ne s'y passe rien. 5. Cinquième souci : les medias. La peoplisation excessive instaurée par Nicolas Sarkozy va lui retomber dessus prédit ce conseiller. Tout comme sa relation très particulière nouée avec les journalistes qui le suivent, faite de connivence et de mépris. Il faut normaliser tout cela. 6. Sixième problème enfin : l'opinion publique. Rétablir le lien avec les Français, et bien ça, ce n'est possible que si nous avons réglé les 5 précédents." Le pointillisme de cette feuille de route en dit long sur l'inquiétude qui prévaut dans la majorité. Et l'articifielle remontée de François Fillon dans les sondages ne saurait être la courbe rose qui masque un gros point noir : il y a tout à revoir dans l'organisation, la méthode, le casting, le fond et la forme du pouvoir tel que Nicolas Sarkozy le pratique aujourd'hui. Il ne reste plus qu'à lui faire entendre raison soupire ce conseiller/analyste qui n'y croit qu'à moitié. Une bérézina aux municipales pourrait l'y pousser.

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