Le Président de la République a-t-il été bon, hier soir, lors de son intervention à la télévision ? Oui, Nicolas Sarkozy est souvent bon à la télévision. Il maîtrise l'outil et seuls ceux qui ne peuvent pas le supporter et qui sont radicalement opposés à l'homme et à sa politique diront qu'il n'a pas été bon. Maintenant, a-t-il été convainquant ? C'est le rôle traditionnel des éditorialistes de répondre à cette question mais en réalité, elle n'a aucun intérêt parce qu'y répondre, ne renseignera que sur une impression personelle alors que tout le monde, ou presque, l'a vu... et difficile, pour l'instant, de dire s'il a convaincu les Français. Contentons-nous de déceler, dans le propos du président, les vérités, les évolutions, les approximations, les changements de ton, voire les mensonges... Et il y a un peu de tout ça dans l'émission d'hier. Alors je passe sur les annonces concrètes, sont-elles substantielles ou non - Philippe Lefébure les détaille dans "L'éco du jour" - puisqu'elles sont d'ordre économique et social. D'abord, remarquons que le président a beaucoup dit, s'agissant du 18 février, lorsqu'il recevra syndicats et patronat : « je vais mettre sur la table tel problème, telle proposition ». On a senti, hier, une nouvelle inclinaison du président à vouloir dialoguer sur de nombreux sujets économiques et sociaux, comme si par la force des choses, et du fait du caractère soudain et incommensurable de la crise, le Président changeait, dans ce domaine, sa façon de gouverner. C'est une capacité d'adaptation bienvenue et qu'il convient de souligner, sous réserve que lors de ces rendez-vous avec les partenaires sociaux, il y ait vraiment, comme le disait, en son temps, le syndicaliste André Bergeron du « grain à moudre ». Dans toute la première partie de l'émission, on a eu l'impression que la crise l'avait rendu moins péremptoire et c'est nouveau ! Alors, on pourra souligner que cette volonté est mise au service d'une politique qui est diamétralement opposée au modèle qu'il vantait avant la crise. Sa façon d'apparaître outré, en particulier, par les modèles libéraux anglos saxons, est assez gonflée. Il y a un autre domaine sur lequel le président a été assez efficace dans son argumentation. C'est lorsqu'il affirme vouloir entrainer nos partenaires à réformer le capitalisme mondial. La France, et particulièrement la droite française, est une adepte, une habituée du capitalisme régulé. Le modèle français a tout intérêt à une régulation mondiale et la détermination du président à vouloir tout faire pour encourager cette régulation paraît réelle. Sur les sujets plus strictement politiques, le Président a été moins efficace. Sa justification de l'éviction du préfet de Saint Lo, qui n'a pas réussi à éviter des manifestations, ne correspond pas à la réalité. Pour le petit couplet sur la formidable Rachida Dati, le Président peut concourir pour l'oscar du meilleur acteur. Et alors le comble du culot politique a, bien sûr, été atteint quand Nicolas Sarkozy a tenté d'expliquer que les Présidents de l'audiovisuel public seront proposés au CSA par le gouvernement qui en parlera ensuite au Président. Tout le monde sait très bien que ces décisions se prendront à l'Elysée, dans le bureau du Président, par le Président lui-même. La formulation que Nicolas Sarkozy a détaillée hier soir est autant en décalage avec la réalité que, quand le secrétaire général de l'Elysée, sur le perron, annonce la formation du gouvernement en disant : « sur proposition du premier ministre, le président a nommé... un tel Ministre de l'Intérieur », personne n'est dupe évidemment ! Donc, au total, on a vu hier soir un Nicolas Sarkozy plus prompt au dialogue dans le domaine social, c'est en tout cas une volonté affichée. Sur les sujets strictement politiques, un Nicolas Sarkozy classique, c'est-à-dire, dont le culot n'a d'égal que l'aplomb.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.