Retour sur la polémique provoquée par Claude Guéant et son désormais célèbre : "toutes les civilisations ne se valent pas".

Avec ce genre de phrases, le doute existe toujours : pense-t-il vraiment ce qu’il dit ou est-ce une stratégie ? Ou les deux ? Peu importe finalement. Mais puisque Claude Guéant a signé et persisté, c’est qu’il sait que ça aura un effet politique : intéressons-nous donc à l’effet recherché. Il s’agit de bipolariser au maximum le débat public. Faire de l’affrontement droite/gauche de base afin de provoquer un réflexe grégaire de son propre camp. La mécanique est simple : il suffit de proférer une énormité idéologique, bien choquante dans son énoncé mais rattrapable dans son développement, je m’explique. Quand vous entendez, je cite : « Contrairement à ce que dit l'idéologie relativiste de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas », vous obtenez, bien sûr une réaction indignée de la gauche. Et là, vous développez en commençant par dire la phrase magique : « mes propos ont été sortis de leur contexte ». Puis, vous expliquez que notre civilisation, c’est celle qui défend les droits de l’Homme, l’égalité des sexes, l’humanisme… bref tout ce que la gauche prétend défendre en général. Il vous reste ensuite à affirmer que la gauche est communautariste, la preuve : elle n’a pas participé au vote de l’interdiction du voile intégral. Pas de place pour la nuance… le binaire est en marche ! Il fut un temps où ceux qui étaient pour la peine de mort disaient des abolitionnistes qu’ils étaient du côté des assassins. Alors dans le cas qui nous occupe, il n’est pas besoin de beaucoup d’explications pour détruire la construction philosophique. En réalité, les valeurs énoncées par Claude Guéant peuvent être menacées par des régimes, des pratiques religieuses, des extrémistes mais pas par des « civilisations »… Ces valeurs sont universelles, inscrites en préambule de la charte des Nations Unies, adoptée après la guerre par tous les pays et alternativement bafouée par autant de pays suivant leurs régimes successifs. Mais peu importe le salmigondis philosophique du ministre de l’Intérieur, le but était de provoquer une réaction outrée.

Et c’est réussi !

Plus ou moins parce que la stratégie est d’une lourdeur incroyable… Elle se voit comme le nez de Jean-Marie Le Pen au milieu de la figure de Nicolas Sarkozy ! Elle est usée jusqu’à la corde. Le dernier exemple, c’est le débat sur l’identité nationale. Tout y était ! Nicolas Sarkozy l’a même lancé par un discours dans une exploitation agricole en disant que la terre faisait partie de l’identité du pays… sans doute pour que l’on s’insurge et qu’on lui reproche de faire du Pétain : « la terre, elle ne ment pas ». L’outrance nourrit l’outrance et chaque camp se regroupe. Le débat sur l’identité nationale est l’un des plus beaux ratages politiques du quinquennat. Le Président y a perdu les modérés sans retrouver la droite dure qui préfère Marine Le Pen. Nicolas Sarkozy en convient d’ailleurs puisqu’il regrette le discours de Grenoble. Et pourtant Claude Guéant réutilise cette méthode ! Accuser la gauche de « communautarisme » au moment où, justement elle est représentée par Jean-Luc Mélenchon, intraitable sur les religions et François Hollande qui développe un discours républicain strict et assumé, c’est aussi fin que de traiter Nicolas Sarkozy de Daladier après l’accord avec Angela Merkel. En fait, on utilise cette stratégie quand il faut réunir le cœur du cœur de son propre camp. Ça en dit long sur l’état de la droite à 80 jours du scrutin !

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